Faut-il limiter la croissance de l'aéroport de Liège au nom du climat?

La transition environnementale créera davantage d'emplois qu'elle n'en détruira.

Contribution externe
 Hannut et Donceel sont les seules Communes wallonnes à avoir introduit un recours.
La Wallonie souffre encore aujourd’hui de s’être accrochée à des secteurs condamnés au déclin, sidérurgie en tête. Les vols d'avion ensuite? ©BELGA_HANDOUT

Une chronique d'Etienne de Callataÿ (1)

Le permis d'exploitation de l'aéroport de Liège doit être renouvelé pour 20 ans d'ici le 14 février prochain. "Liège Airport aimerait que les mouvements d'avions passent de 35 000 à 70 000 par an, mais l'administration wallonne a mis le plafond à 50 000, ce qui pourrait avoir des répercussions sur l'emploi." (La Libre, 12 janvier 2023).

Nous devons réduire fortement nos émissions polluantes

Nous savons que nous devons non pas simplement ralentir le rythme de hausse de nos émissions polluantes, mais les réduire, et pas de peu. Nous savons aussi que le "kérosène propre", le Sustainable Aviation Fuel (SAF), est à la fois loin d'être totalement propre et loin d'être une réalité à large échelle. De ces deux constats, il découle logiquement que nous devrions soit diminuer le nombre de vols, soit, si nous augmentons ce dernier, prendre de manière concomitante des mesures contraignantes pour compenser, hors aviation, ce qu'aurait dû être la diminution des émissions de l'aéronautique. Face à un objectif "carbone" donné, on ne peut ignorer l'effet d'éviction : plus de pollution dans un domaine, doit signifier deux fois moins de pollution dans un autre ! Et l'honnêteté intellectuelle exige d'identifier de manière transparente là où les sacrifices additionnels seront faits.

Favorable à l'emploi global

Faut-il se résoudre à débrider la croissance de l'aéroport de Liège – ou d'autres activités à haute intensité polluante, comme la 5G – au nom de l'emploi ? Il s'agit là d'une vieille antienne, ici reprise par les syndicats et aussi par Madame Morreale, ministre régionale wallonne de l'emploi : "Il y a une transition climatique dans laquelle nous devons nous inscrire mais cela ne peut pas se faire aux dépens des travailleurs ou des entreprises". Elle avalise de la sorte l'idée d'un arbitrage entre emploi et environnement, pour ne pas écrire qu'elle cède au "chantage à l'emploi".

Or, si la transition environnementale va réduire l'emploi dans un certain nombre de secteurs, cela ne signifie pas qu'elle va nuire à l'emploi global, ni à la qualité moyenne de l'emploi. En fait, l'environnement est l'ami de l'emploi, non son ennemi. Le rapport d'avril dernier du GIEC revient sur cette question mais reprenons ici (merci à J.-M. Gollier) le rapport de 2018 de l'Organisation internationale du Travail relatif à l'Accord de Paris : "[…] l'effet net sur le nombre d'emplois sera positif. La transition vers une économie verte entraînera inévitablement des pertes d'emplois dans certains secteurs à mesure que la proportion d'activités à forte intensité de carbone et de ressources baissera, mais ces pertes seront plus que compensées par de nouvelles possibilités d'emploi. Par exemple, les mesures prises dans le domaine de la production et de l'utilisation de l'énergie entraîneront la perte d'environ 6 millions d'emplois, mais aussi la création de 24 millions d'autres approximativement."

Une vue fossilisée du marché du travail

Madame Morreale et les syndicats ont certainement lu ce rapport. Alors qu'il leur faudrait avancer des mesures "qui facilitent le redéploiement des travailleurs, favorisent le travail décent, offrent des solutions locales et soutiennent les travailleurs déplacés" (OIT, 2018), comment expliquer leur soutien à une vive croissance d'un aéroport régional ? Est-ce une préférence pour ce qui est connu, alors que le non-changement devrait faire peur ? Est-ce une préférence pour des emplois qui paient bien, notamment de nuit, alors que c'est au prix de la santé ? Est-ce une préférence pour l'immédiat, alors que nous devrions être obsédés par les menaces sur le bien-être des générations à venir ?

La Wallonie souffre encore aujourd'hui de s'être accrochée à des secteurs condamnés au déclin, sidérurgie en tête. Que cette vue fossilisée de l'économie et du marché du travail ne se dédouble pas aujourd'hui dans une autre forme de fossilisation, celle de la dépendance aux énergies fossiles, pourtant assurées de péricliter.

(1) etienne.decallatay@orcadia.eu

Titre de la rédaction. Titre original : "Non à la fossilisation de l'emploi"

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