Didier Reynders et la lèse-majesté
"Pourquoi pas en revenir au bon vieux crime de lèse-majesté qui punissait toute allégation offensante envers le monarque." Une opinion de Renaud HOMEZ, Etudiant en droit à l'UCL, spécialisé en droit de la communication, de la culture et des médias.
- Publié le 24-08-2012 à 08h31

Comment ont-ils osé ? Un communiqué de presse des jeunes CDH rend hommage à Didier Reynders en insinuant sa mort ! Mais quelle irresponsabilité, quel humour déplacé ! On ne badine pas avec ces choses-là voyons ! On aura tout entendu depuis deux jours sur ce fameux communiqué des jeunes cdH. Didier Reynders lui-même répliquera à des milliers de kilomètres, depuis le Congo, allant même jusqu'à traiter ces politiciens en herbe d'"abrutis". Car, enfin, on n'insulte pas de la sorte un ministre en exercice.
Si l'objectif des jeunes cdH était de créer le "buzz" et de faire parler d'eux, on peut dire en tout cas qu'ils ont parfaitement réussi leur coup. Mais tenons-nous loin du vacarme et de l'agitation médiatique pour analyser ce qui est en cause. Nous avons là un communiqué posté sur le site des jeunes cdH intitulé "Hommage à Didier Reynders".
Le texte est bref, non dénué d'humour, et somme toute assez inoffensif. Est-il outrageant ? Peut-il constituer une injure à l'encontre de l'ex-président du Mouvement Réformateur (MR) ? Ce texte justifie-t-il la levée de boucliers de Didier Reynders ? Et pourquoi pas en revenir au bon vieux crime de lèse-majesté qui punissait toute allégation offensante envers le monarque.
Il nous faut rappeler quelques principes de liberté d'expression qui semblent avoir échappé à la plupart des commentateurs (et pas seulement à Didier Reynders). La Cour européenne des Droits de l'Homme rappelle systématiquement dans ses arrêts que la liberté d'expression "vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction quelconque de la population".
Cette liberté d'expression est encore plus étendue à l'égard de l'homme politique qui, en vertu de sa fonction, "doit montrer une plus grande tolérance, surtout lorsqu'il se livre lui-même à des déclarations publiques pouvant prêter à critique". En reprenant - cette fois-ci contre lui - les déclarations que Didier Reynders avait lui-même portées à l'égard des défunts socialistes MM. Daerden et Spitaels, les jeunes du cdH ont manœuvré astucieusement car ils se sont en quelque sorte protégés de toute poursuite sur le plan judiciaire.
Les jeunes humanistes ont été d'autant plus astucieux qu'ils se sont servis de la parodie, un procédé parfaitement légal. La parodie est une forme d'humour qui consiste à utiliser le cadre, les personnages, le style et le fonctionnement d'une "œuvre" pour s'en moquer. Le ministre des Affaires étrangères serait d'ailleurs mal inspiré de porter en justice ce communiqué car il est fort à parier qu'il serait débouté par les tribunaux (et à coup sûr par la Cour européenne des Droits de l'Homme) au nom du droit à la liberté d'expression.
Que Didier Reynders ait été choqué à titre personnel par la teneur du communiqué, on peut le comprendre, même s'il dénote chez lui un certain manque de "second degré", mais on ne peut accepter qu'il demande des excuses, encore moins qu'il traite d'"abrutis" des jeunes politiques qui font simplement usage du droit à leur liberté d'expression, à travers la parodie. Bien au contraire cette initiative me paraît salutaire pour secouer un monde politique ankylosé depuis trop longtemps dans ses vieilles habitudes confortables.
Renaud HOMEZ
Etudiant en droit à l'UCL, spécialisé en droit de la communication, de la culture et des médias
