Ce que nous dit encore Benoît XVI
Toute sa vie, Benoît XVI a cherché à lutter contre le relativisme et à articuler avec justesse la foi et la raison. Alors que de nombreuses croyances religieuses ou sectaires, complots et fake news se propagent sur internet, on ne peut snober la réflexion du pape allemand.

- Publié le 31-12-2022 à 11h21
- Mis à jour le 31-12-2022 à 14h00

Les révolutions se parent parfois des habits les plus anciens. Le lundi 11 février 2013, c'est assis, en latin, devant des cardinaux réunis de manière très formelle que le pape Benoît XVI signifia par surprise sa décision de renoncer à sa charge. Écoutant distraitement un discours annoncé comme convenu, il fallut alors de longues secondes à la poignée de journalistes présents dans la désuète salle de presse du Vatican pour qu'ils réalisent l'ampleur du tsunami qui déferlait sur le Saint-Siège. Benoît XVI, lui, le savait pertinemment : en posant un tel acte, il bouleversait profondément le statut jusque-là immuable de la papauté, et posait le geste le plus subversif de son existence.
De loin, Joseph Ratzinger apparaît d'ailleurs comme un homme de paradoxes. Surnommé le "Sans culotte" progressiste lors du Concile Vatican II, il fut considéré comme le "Panzer cardinal" garant de la tradition sous le pontificat de Jean-Paul II. Précurseur du pape François sur les dossiers relatifs à l'écologie, aux questions sociales et migratoires, il navigua à contre-courant du XXIe siècle sur les questions bioéthiques et sociétales. Toute sa vie, le Bavarois déjoua les pronostics et les étiquettes, gardant la doctrine catholique en guise de boussole.
Même de son pontificat d'apparence bien courte (2005-2013), il ne faudrait pas sous-estimer la place qu'il tiendra dans l'histoire du catholicisme. L'apport théologique majeur que cet intellectuel ne cessa de préciser au fil des ans sera étudié encore longtemps. Quant à la gouvernance, s'il buta sur plusieurs chantiers, c'est parce qu'ils étaient aussi urgents que complexes. Pensons à la réforme des finances du Vatican et – surtout – au long combat pour faire face aux crimes de pédophilie et aux abus commis au sein de l'Église. Benoît XVI s'y attaqua, mais réalisa rapidement son impuissance. Au sein d'un Vatican ravagé par les luttes intestines, fatigué, mal entouré et n'échappant pas à certaines polémiques, il préféra passer la main.
Que l'on soit croyant ou non, déçu ou affermi par sa ligne doctrinale, soulignons cependant ici un grand apport de Benoît XVI. Toute sa vie, Joseph Ratzinger aura dialogué avec les grands intellectuels de son temps et cherché à articuler la foi et la raison. Toute sa vie aussi, il conspua le relativisme, cette doctrine qui postule la relativité des valeurs et de la connaissance humaine, "qui ne reconnaît rien comme définitif et dont les standards ultimes sont simplement l'égo et les désirs de chacun". Certes, on pouvait ne pas suivre Benoît XVI quand il allait jusqu'à évoquer la "dictature du relativisme" dans laquelle baignerait le XXIe siècle. Néanmoins, alors que l'on peine à échapper à l'individualisme et à viser un bien commun, alors que de nombreuses croyances religieuses ou sectaires, complots et fake news dénuées de toute assise raisonnable et factuelle se propagent sur internet, on ne peut snober cet apport du pape allemand, dont la devise – "coopérateur de la vérité" – encourage le travail intellectuel dans sa relation constante avec le réel.
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