Edito : N'oublions pas ceux qui restent
Un édito de Christophe Lamfalussy.
- Publié le 24-08-2021 à 06h37

Depuis quelques jours, l'actualité internationale se résume à quelques kilomètres carrés près de Kaboul, dans un aéroport où des milliers d'Afghans tentent, dans le chaos, d'entrer dans un avion pour sortir au plus vite du pays. Quelle pire image ne pouvait-on imaginer, pour signer l'échec des Occidentaux en Afghanistan et leur retrait précipité du pays ?
L'opinion publique dans nos pays a donc droit à une avalanche de récits de bébés sauvés de justesse, de mères qui accouchent dans les avions, de tirs pour repousser la foule, d'avions qui atterrissent et décollent. Une avalanche d'experts analyse de son côté les risques d'une nouvelle vague de terrorisme et pèse le pour et le contre d'une vague d'immigration.
Des récits très occidentaux, ethnocentriques, qui nous font oublier l'essentiel : que se passe-t-il dans le reste de l'Afghanistan, ce pays de 37,5 millions d'habitants plus grand que la France ? Les a-t-on déjà oubliés ?
Avec le départ de la plupart des journalistes occidentaux du pays, il faut désormais compter sur les journalistes afghans. Leur courage est exemplaire. Ils risquent gros. Ils continuent à nous informer. Les réseaux sociaux, malgré leurs défauts, permettent aussi d'en savoir un peu plus.
Par exemple que les talibans ont tiré sur des jeunes femmes qui manifestaient pour leur indépendance dans les rues de Kaboul, sur des hommes qui agitaient le drapeau national afghan à Assadabad. Que les nouveaux maîtres du pays ont déployé des centaines de leurs combattants à l'entrée de la vallée rebelle du Panshir, prête à négocier.
Loin de l'aéroport de Kaboul, le sort du pays est dans les mains d'un groupe fondamentaliste qui veut instaurer un gouvernement de dieu, tolère maintenant quelques écarts à son idéologie autoritaire tant que les Occidentaux auront encore un œil sur le pays, mais n'hésitera pas à écraser toute résistance si un jour nous commettons l'erreur de tourner le dos aux Afghans.