Edito: sire, donnez-lui cent jours…
Un édito de Francis Van de Woestyne. Dans la plus grande discrétion, le missionnaire royal, Koen Geens (CD&V) s'active pour tenter de mettre sur pied un gouvernement de plein exercice. Réussira-t-il ?

- Publié le 10-02-2020 à 06h30
- Mis à jour le 11-02-2020 à 10h12

Un édito de Francis Van de Woestyne.
Dans la plus grande discrétion, le missionnaire royal, Koen Geens (CD&V) s'active pour tenter de mettre sur pied un gouvernement de plein exercice. Réussira-t-il ? S'il est, comme d'aucuns le certifient, le plus qualifié pour relever ce défi impossible, il serait bon que le roi Philippe accepte ce que son oncle, le roi Baudouin, concéda à Jean-Luc Dehaene qui, dans une formule restée célèbre, lui avait demandé "Sire, donnez-moi cent jours" pour former un gouvernement. Il en mit 106. C'était en janvier 1988. Déjà, la Belgique patinait.
Pourquoi accorder du temps à Koen Geens ? Parce que, au point où on en est, ce ne sont pas quelques jours de plus ou de moins qui changeront quoi que ce soit à la situation financière catastrophique dans laquelle la Belgique se trouve. Si, en cas d'échec de la mission de Koen Geens, un retour aux urnes devait être programmé, cela coûterait bien plus cher encore au pays qu'une prolongation de son travail. Cela ne signifie pas qu'aucun délai ne doit être fixé. Mais pour l'instant - et de manière surprenante il est vrai - ni les autorités européennes, ni les marchés ou les investisseurs n'ont, d'une quelconque façon, adressé d'avertissement à la Belgique.
Pourquoi lui accorder du temps ? Parce qu'après lui, on ne sait trop quel lapin pourra encore sortir du chapeau royal. Le problème est que l'on compte sur les doigts d'une main les "responsables" qui souhaitent sa réussite. Paralysé par des luttes d'ego, son parti s'est empressé de lui balancer quelques peaux de bananes. Et depuis quelques jours, les présidents des autres partis se sont lancés dans une vaine surenchère électoraliste. L'occupation de l'espace médiatique est-elle vraiment leur seule préoccupation ? La plupart des hommes et des femmes politiques se perdent dans les brouillards de l'éphémère et en oublient que leur action doit avant tout s'inscrire dans un temps long. La peur de l'électeur fait perdre du sang-froid à ceux qui, précisément, face au défi, devraient garder la tête froide.
Si ces petits jeux continuent, l'histoire retiendra qu'en cette période instable, un pays qui avait tout en main pour générer de la croissance, créer des richesses, partager le bien-être, s'est délité parce qu'une poignée de gens ont mis la survie de leur parti avant celle d'un pays.