Édito: contre les abus, le pape en appelle aussi au monde

- Publié le 25-02-2019 à 06h58
- Mis à jour le 25-02-2019 à 08h53

Un édito de Bosco D'Otreppe.
Qu'est-ce que l'Église ? À vue humaine, c'est d'abord une organisation. Aux yeux des catholiques, elle est bien plus. Par Dieu et par l'exemple de ceux qui y œuvrent en donnant parfois leur vie aux autres, elle ouvre les catholiques à plus grand qu'eux et est, pour eux, le signe "de la communion de Dieu et des hommes". Les abus sexuels et psychologiques que des prêtres et religieux ont commis et que l'Église a parfois étouffés, ont blessé à vie - tué parfois - les victimes de ces crimes. C'est d'abord à elles qu'il faut penser. Mais ils ont trahi aussi toutes ces dimensions de l'Église auxquelles croient les catholiques. Devant ce qu'elle a commis, l'Église ne fait donc pas face à un problème, mais à une crise existentielle.
Le sommet sur les abus sexuels qui s'est tenu au Vatican a pris en compte cette gravité. Tout n'est pas réglé cependant. Le pape a engagé son Église dans un tournant radical face à ces enjeux, et il l'a notamment fait en souhaitant responsabiliser les épiscopats locaux. C'est eux, davantage encore, qui seront à la manette pour éviter de tels crimes. Cette orientation est logique et indispensable tant certains épiscopats ont minimisé et occulté ces abus. Mais elle est encore risquée pour cette même raison. Rome devra donc accompagner les évêques et on attend, en ce sens, la mise en place d'une task force.
Si cette rencontre fut un salvateur "coup de poing dans l'estomac" (selon le journaliste Andrea Tornielli), elle ne pourra donc en rester là. Après les paroles nécessaires, ce sont les actes à venir qui pourront permettre de qualifier ce sommet de véritable succès.
François, ce dimanche, a aussi rappelé que les abus sexuels n'étaient pas le seul fait de l'Église. Et que si celle-ci souhaitait y mettre fin, elle devait aussi le faire avec le reste de la société. Cet appel à lutter contre la pornographie ou le tourisme sexuel qui touchent les mineurs, à reconsidérer le regard que l'on porte sur le corps et à remettre en avant la sacralité de la personne et de l'enfant, il nous revient, à nous aussi, d'y répondre. Car, pour reprendre les mots du pape, "c'est seulement en puisant dans ce respect radical de la dignité de l'autre que nous pourrons le défendre de la puissance déferlante de la violence, de l'exploitation, de l'abus et de la corruption, et le servir de manière crédible dans sa croissance intégrale, humaine et spirituelle".