Edito : le Tour de France, institution en péril

- Publié le 30-07-2018 à 07h49
- Mis à jour le 28-08-2018 à 22h37

Un édito de Nicolas Ghislain.
Après une Coupe du monde de football qui a été, en Belgique en particulier, celle de toutes les émotions, le Tour de France qui s'est clôturé dimanche aura paru bien fade, une fois de plus, à tous les amateurs de sport.
Certes, tout n'est pas à jeter au final. Aucun cas de dopage n'étant à signaler, le Tour semble s'éloigner peu à peu des années Festina, Puerto et Armstrong qui ont tant nui à son image. Et les deux derniers (vrais) jours de course, vendredi et samedi, ont (enfin) donné lieu à une bagarre entre cadors qui a pu passionner in extremis les suiveurs. Par ailleurs, le succès de Geraint Thomas apporte un petit vent de fraîcheur après la série de victoires de Christopher Froome qui avait pris l'habitude d'assommer le Tour en quelques coups de pédales, puis de gérer ensuite tranquillement son avance jusque Paris. Mais il n'occulte pas le côté terne d'une course qui s'est traînée pendant près de trois semaines. Une course mise à sa botte par la surpuissante équipe Sky qui dicte le tempo, attribue les bons de sortie, cadenasse une épreuve devenue stéréotypée, loin de la féerie d'antan. Vingt ans qu'un grimpeur, Marco Pantani, "pirate" au destin tragique, n'a plus triomphé à Paris et que le suspense, le panache et la magie ont quitté les routes du Tour de France, malgré les efforts des organisateurs pour le réinventer - comme ces étapes courtes en montagne ou ce passage sur les pavés de Paris-Roubaix qui n'ont finalement pas apporté grand-chose.
Pire, sans doute, le Tour a une fois de plus été victime de son succès et des imbéciles voulant y connaître leur minute de gloire, ces spectateurs prêts à tout pour faire le buzz sur les réseaux sociaux qui n'ont pas hésité à s'en prendre physiquement à des coureurs qui pratiquent pourtant un des métiers les plus dangereux du sport - la terrible chute de Philippe Gilbert l'a rappelé.
Face à la concurrence des autres grands Tours - en Italie et en Espagne, les courses sont autrement plus passionnantes - et des "classiques" du cyclisme, le Tour de France risque, avec le temps, de ne plus avoir à opposer que ces magnifiques paysages, ce chapelet de cartes postales d'une France montrée sous ses plus beaux atours. Le plaisir des yeux, c'est peu pour une grande institution du sport désormais aux abois !