Architecte, interprète, musicien…, ces humoristes qui combinent deux boulots
Le festival Namur is a Joke organisé par GuiHome revient pour une 4e édition, du 25 au 30 mars. Au programme ? Des têtes d'affiche comme Nawell Madani, Fanny Ruwet, Guillermo Guiz, Waly Dia, Paul Mirabel…, mais aussi des étoiles montantes de l'humour telles que Zora de Llano, Lorenzo Mancini et Étienne S, qui, tous trois, cumulent leur emploi avec le stand-up. Rencontre.

- Publié le 11-03-2025 à 13h14

"On est chanceux !", se réjouissent en chœur Zora de Llano, Lorenzo Mancini et Étienne S. Stand-uppers prometteurs, ils sont programmés pour la première fois au festival d'humour et de musique Namur is a Joke, dont la 4e édition se déploiera dans la capitale wallonne du 25 au 30 mars. "C'est une belle reconnaissance, car nous sommes reconnus par nos pairs", se félicite Étienne S.
Lancé en 2022 par l'humoriste GuiHome vous détend, Namur is a Joke gagne au fil du temps en notoriété : le festival attire de plus en plus de têtes d'affiche belges et françaises (comme Nawell Madani, Fanny Ruwet, Guillermo Guiz, Waly Dia ou encore Paul Mirabel, cette année), tout en conviant des étoiles montantes de l'humour (Dena, Sarah Lélé, Sacha Ferra, Kosma, Salim Shady…). "Depuis quelques années, ce qui est chouette avec le métier d'humoriste, c'est qu'il devient un job normal, observe Étienne S, ce qui veut dire qu'il se professionnalise. Donc, on n'est pas spécialement obligé d'être une star pour bien faire son boulot. Il y a plein de petites pépites qui sont de qualité et font rire". À ce titre, "Namur is a Joke a réussi à créer un public de découverte (l'édition 2024 a séduit quelque 12 000 festivaliers en cinq jours, NdlR), relève Lorenzo Mancini, ce qui nous permet de jouer dans des plus grandes salles sans devoir nous préoccuper du taux de remplissage. C'est donc vraiment une force d'avoir créé un public qui répond présent et fait confiance [aux artistes]".
Tous trois auront, en effet, l'occasion de présenter leur spectacle complet : Lorenzo Mancini jouera Origami le 27 mars au Delta tandis qu'Étienne S et Zora de Llano investiront le théâtre Jardin Passion, respectivement les 28 et 29 mars avec La Musique, Ma Mère ! et Camembert. Ils mesurent d'autant plus leur chance de se produire dans un festival renommé qu'ils ont attrapé le virus du stand-up un peu sur le tard, quand ils étaient déjà bien lancés dans la vie active. Voilà pourquoi ils combinent leur boulot avec la scène. Les agendas sont donc plus que bien remplis puisqu'Etienne S est musicien ; Lorenzo Mancini, architecte indépendant, et Zora de Llano, interprète à la Commission européenne.

Faire des blagues sur son boulot ? Oui et non
Deux métiers en parallèle, auxquels Lorenzo Mancini et Étienne S ne manquent pas de faire quelques clins d'œil dans leur spectacle. Lorenzo Mancini se présente ainsi comme "le premier architecte qui construit des blagues" tandis qu'Etienne S se décrit comme "humoriste ET musicien professionnel", commentant : "quitte à avoir un métier qui ne rapporte pas d'argent, pourquoi ne pas en avoir deux ?".

"En mentionnant auprès du public que je suis architecte, je lui donne une clé parce que la forme, la structure de ce premier spectacle, Origami, est très construite, explique Lorenzo Mancini. Tout est réfléchi de A à Z, tout est écrit à la virgule près, mais on ne s'en rend compte que dans la conclusion. C'est pour cela que j'adore un artiste comme Stromae, qui a un univers où tout est pensé au millimètre. C'est mon rêve de devenir un jour le Stromae de l'humour". "Pour le reste, poursuit-il, je ne parle pas de mon métier d'architecte parce que je ne trouve pas ça super marrant. Je me souviens d'avoir assisté à un spectacle où un avocat racontait son quotidien et je me suis senti exclu de la discussion. Puis, je ne suis pas bon pour le storytelling, pour raconter le réel. Mon intérêt se porte davantage sur la psychologie de l'être humain".

Avec La Musique, Ma Mère !, Étienne S s'est, lui, en revanche, plongé dans le storytelling. "Mon spectacle est un road-trip au cours duquel je joue dix instruments de musique et chacun est lié à un sketch, où je raconte un moment de ma vie. Par exemple, les maracas se rapportent à mon voyage au Vénézuela et à ma confrontation avec ma mère, détaille-t-il. La difficulté à laquelle j'ai dû faire face, c'est que ce qui est beau n'est pas drôle, mais [en tant que musicien professionnel] je ne voulais pas jouer mal d'un instrument. Le spectacle navigue donc entre stand-up et concert".
Quant à Zora de Llano, elle a fait le choix de ne pas évoquer dans Camembert son métier d'interprète à la Commission européenne. "Par nature, l'interprète doit respecter la confidentialité des réunions, rappelle-t-elle. Je pourrais faire des blagues sur mon boulot, mais ça ne m'intéresse pas tant que ça. Par contre, je suis passionnée par les interactions humaines et, en cela, j'adore mon métier parce que c'est ce que je vois toute la journée. C'est une vraie source d'inspiration".

Deux carrières, un agenda hyper rempli
Mener deux carrières de front n'est toutefois pas une mince affaire. "Quand j'ai commencé le stand-up, en 2019, je travaillais dans un bureau d'architecture, mais avoir des horaires fixes de 8h30 à 19h était intenable parce que le seul moment que j'avais, c'était pour rentrer chez moi avant de repartir pour les scènes, se souvient Lorenzo Mancini. Depuis quatre ans, je travaille donc en tant qu'indépendant, ce qui me permet de gérer mon temps de manière plus souple. Mais ça reste une vie déstructurée, car je peux être sur un chantier à 7h30, écrire des blagues l'après-midi et être sur scène le soir, où mon entrepreneur m'appelle à 19h parce qu'il a un problème. Donc, je suis obligé d'être très organisé. Il y a peu de place pour la spontanéité". Un rythme de vie intense que le trentenaire peut se permettre, car "je suis célibataire et sans enfant". "Mais je suis comme ça de nature. Il y a deux mois, je gérais dix chantiers en même temps tout en jouant quatre à cinq soirs par semaine…"
Je suis obligé d'être très organisé. Il y a peu de place pour la spontanéité.
La vie à 100 à l'heure, Zora de Llano connaît bien aussi. Cette maman de deux adolescentes de 16 et 18 ans doit en permanence jongler avec les exigences et les horaires variables de la Commission européenne. "À l'automne dernier, j'ai décidé de jouer un peu moins, car j'étais trop fatiguée, confie-t-elle. Le stand-up demande beaucoup d'énergie. Donc, je joue moins et j'en suis très contente, mais je joue quand même toutes les semaines".
Pour moi, c'est plus compliqué d'être artiste et parent que d'exercer deux métiers en même temps.
Papa solo d'un petit garçon de 3 ans, Étienne S a, lui aussi, aménagé son temps de travail. "Je ne joue pas quand j'ai mon fils. Ce n'est qu'à titre exceptionnel que j'accepte d'être sur scène quand j'en ai la garde. Mais c'est un vrai défi pour goupiller les agendas, admet-il. Cela veut aussi dire que, vu ma réalité, il y a un soir sur deux où je ne peux pas jouer et, donc, mon revenu est divisé par deux. Pour moi, c'est plus compliqué d'être artiste et parent que d'exercer deux métiers en même temps".
Tout lâcher pour l'humour ?
S'ils en avaient la possibilité, seraient-ils prêts à lâcher leur emploi pour se consacrer exclusivement au stand-up ? "Pour le moment, mener mes deux activités professionnelles me permet d'atteindre un équilibre financier, qui est primordial pour vivre tranquillement, expose Lorenzo Mancini. Je garde mon métier d'architecte, car, financièrement, c'est plus rentable que l'humour mais aussi parce que c'est une profession intellectuellement stimulante". Néanmoins, "je pourrais arrêter l'architecture si j'ai un plan devant moi, ajoute-t-il, c'est-à-dire que si ça fonctionne bien, que j'ai une tournée de deux ans et que ça paie mes factures, alors je tente l'aventure". "Mais j'attends le bon moment", se montre-t-il prudent. Même son de cloche pour Zora de Llano : "Je renoncerais plus facilement à l'interprétariat si l'humour rapportait plus, mais pourquoi pas quand mes filles seront autonomes et que j'aurai une stabilité financière".
Je renoncerais plus facilement à l'interprétariat si l'humour rapportait plus.
"Je pourrais tout à fait arrêter la musique, affirme, pour sa part, Étienne S. D'ailleurs, pour le moment, je mets le stand-up en priorité : pour les concerts, je suis remplaçable, mais pas pour mon spectacle puisque je suis seul sur scène". "Comme musicien, raconte-t-il, j'ai déjà goûté à plein de chouettes plaisirs : prendre l'avion pour partir en tournée, jouer dans des grandes salles mais aussi dans des toutes petites comme un bateau de croisière, etc. Mais, en tant qu'humoriste, j'ai faim, car j'ai encore tout à découvrir".
EN PRATIQUE
– La 4e édition du festival d'humour et de musique organisé par GuiHome, Namur is a Joke, se tiendra du 25 au 30 mars.
– Plus de 50 représentations sont programmées dans toute la ville.
– Au menu ? Deux galas (un gala d'ouverture présenté par GuiHome et Nicolas Lacroix le 25 mars à 20h30 au Théâtre de Namur et un gala d'humour le 26 mars, même lieu, même heure) ; des spectacles d'humour avec des artistes confirmés (Paul Mirabel, Guillermo Guiz, Issa Doumbia, Waly Dia, Aymeric Lompret, Doully, Olivier de Benoist…) et des humoristes émergents (Zora de Llano, Lorenzo Mancini, Étienne S, Sarah Lélé, Kostia, André Demarteau, Mahaut Drama…) ; le spectacle Rire pour en finir avec soi-même ; une soirée Joke XXL le 27 mars à 20h30 (avec PE, Inno JP, Freddy Tougaux, Fanny Ruwet, Dena…) ; le concours Joke une fois ; des ateliers (impro, écriture, stand up…) ; des afterworks sous chapiteau ; etc.
– Infos et rés. sur www.namurisajoke.be