Laetitia Mampaka : "J'espère vraiment devenir une légende"
Série Toute première fois : Il y a un commencement à tout. "La Libre" se penche cet été sur les premières fois de celles et ceux qui font l'actualité culturelle. Aujourd'hui : l'humoriste Laetitia Mampaka. Interview.

- Publié le 13-08-2024 à 13h46

À 29 ans, Laetitia Mampaka a déjà une vie bien remplie : juriste, maître en art oratoire, humoriste, chroniqueuse et actrice. Tout parcours artistique est jalonné de premières fois. La Libre a voulu en savoir plus et a "cuisiné" la demoiselle, qui s'est gaiement prêtée au jeu des questions – réponses.
Vous souvenez-vous de votre première interview ?
Oui [rires] ! C'était en 2020. Je venais de participer au Grand oral, le plus grand concours d'éloquence télévisé de France. Nous étions 580 à poser candidature. Normalement, le concours était fermé aux non-Français. Mais j'ai réussi à les convaincre et j'ai fini dans le top 3. Je suis rentrée en Belgique, mais, ici, personne ne suit cette compétition et aucun journaliste n'était au courant qu'une Belge s'était illustrée. Donc, ma première interview, j'ai dû aller la chercher en écrivant à tous les médias que je connaissais. C'est ainsi que j'ai donné ma première interview à Télé Mons-Borinage (Laetitia Mampaka est originaire de Mons, NdlR).

L'éloquence vous a mise sur la voie de l'humour. Quelle a été votre première scène humoristique?
L'église ! Lors d'une réunion de jeunes, nous avons voulu créer un petit événement et on m'a donné dix minutes pour faire rire l'assemblée. Je ne savais pas comment faire. Alors, j'ai ouvert la Bible et noté tout ce qui me paraissait particulier et drôle. Et là, j'ai sorti dix minutes de blagues. Bon, il devait y avoir trois minutes de bonnes, mais ça s'est bien passé et on m'a invitée dans une autre église. En parallèle, j'avais signé pour faire ma première scène ouverte dans une vraie soirée d'humour, mais il fallait attendre trois mois pour cause de liste d'attente. Donc, ma première expérience s'est passée dans une église.
Vous êtes diplômée en droit, mais vous avez choisi de devenir humoriste. Est-ce que cette décision a été votre première grosse prise de risque ?
Le premier vrai risque où je me suis dit "Si ça ne passe pas, je suis dans les problèmes", c'est quand j'ai commencé à devoir l'expliquer à ma famille. J'avais beau être juriste avec une carrière prometteuse à la clé, j'ai dû leur faire comprendre que je ne ferais pas ce métier-là. Ça a été une grosse prise de risque dont je ne me saurais jamais cru capable.

Votre carrière se passe donc aujourd'hui sur scène. Avez-vous avez déjà eu une première ovation?
Oui ! Et cette toute première fois est vraiment belle, car c'était l'année dernière, à Kinshasa, au Congo, à l'occasion du Tarmac Comedy. C'est la première fois que j'allais dans mon pays d'origine. J'étais très angoissée, je me demandais si j'allais être à la hauteur. Mais, au bout de sept minutes de sketch, les 300, 400 spectateurs se sont levés pour me faire une ovation de quatre minutes. C'est le plus beau souvenir de ma carrière. Je n'aurais pas pu rêver mieux.

A contrario, avez-vous connu un premier bide ?
Bizarrement, non, ce qui me fait peur à dire parce qu'on dit toujours qu'un vrai humoriste doit le vivre au moins une fois. Mais je pense que je ne les ai pas vécus parce que je les ai d'abord connus dans l'éloquence. Je suis dans l'humour depuis cinq ans, mais ça fait huit ans, bientôt neuf ans, que je fais de la scène. Donc, j'ai eu le temps d'apprivoiser l'exercice.
Quel a été votre premier coup de folie ?
J'en fais tout le temps, je crois. J'apprends à vivre dangereusement. Mais mon premier coup de folie où je me suis sentie pousser des ailes, c'est le Grand oral. À ce moment-là, rien n'allait, je me sentais larguée. J'étais sur une belle pente descendante : pour le coup, c'était une glissade incroyable. On était début 2020. La SNCF était en grève, j'ai conduit jusqu'en France et j'ai passé l'audition du concours. Ça a été un vrai coup de folie parce que mon père m'a demandé si j'étais sûre d'être prise. Je lui ai répondu : "Non, pas du tout, mais je vais le faire !"
Vous parlez de votre papa. Quel est le premier souvenir d'enfance qui vous revient en mémoire ?
J'avais 5 ans et j'étais obnubilée par l'émission Cas de divorce sur AB4. Je me rappelle d'une dame blonde qui parle, une avocate, et je suis accrochée à l'écran. C'est à cet instant-là que j'ai décidé de devenir avocate. Je n'ai jamais oublié cette scène et je n'ai jamais abandonné mon désir de devenir avocate jusqu'au moment où j'ai été diplômée. En fait, c'est le moment où j'ai tout compris et rien compris à la fois. Pourquoi je dis cela ? À 5 ans, ce n'est pas possible de tomber amoureuse du droit et j'ai compris bien plus tard qu'en réalité j'étais tombée amoureuse de l'exercice de la plaidoirie. Donc, en étant sur scène, je suis là où je devais être. Que ce soit par l'éloquence, l'humour ou même le cinéma, quand il y a de l'oral, une capacité à communiquer, je suis heureuse.

Quel rêve occupe la première place du podium dans votre cœur ?
J'ai un rêve que personne ne pourra m'enlever : j'espère vraiment devenir une légende. Je ne dis pas cela dans le sens d'être connue, adorée et adulée – ça, je m'en fiche –, mais dans le fait d'avoir eu une vie qui a marqué son temps, c'est-à-dire que, même longtemps après ma disparition, je peux laisser un héritage et utiliser mon histoire et mon parcours de vie pour inspirer les autres pour qu'ils puissent se dire "C'est possible". C'est pour cela que je suis très stricte avec ce que je fais ou pas comme contrat ou autre parce que j'ai envie d'avoir une ligne conductrice claire.
→ Laetitia Mampaka sera le 30 août à 20h au festival Il est temps d'en rire avec son spectacle "Il était une joie". Puis, elle sera au TTO du 21 mai au 7 juin 2025