Humour et notoriété: "L'effet télé fonctionne encore"
Le festival d'humour et de musique organisé par GuiHome, "Namur is a Joke", revient pour une 3e édition, du 20 au 24 mars. Au programme ? Des concerts et une trentaine de shows d'humoristes. Dont les Belges Laurence Bibot et Antoine Donneaux, tous deux passés par la case télé pour se faire connaître du grand public. Interview croisée.

- Publié le 19-03-2024 à 09h41

Elle foule les planches depuis plus de trente ans. Il s'est lancé dans l'humour il y a peu. Laurence Bibot, artiste renommée et confirmée, et Antoine Donneaux, trentenaire talentueux en pleine ascension, sont tous deux à l'affiche de la 3e édition de Namur is a Joke, le festival d'humour et de musique imaginé par GuiHome vous détend, qui se déploiera dans la capitale wallonne du 20 au 24 mars (lire ci-dessous).
Depuis le lancement de son festival en 2022, l'humoriste GuiHome a toujours eu à cœur de défendre des pointures de l'humour mais aussi de jeunes espoirs. Cette nouvelle édition ne déroge pas à la règle. Parmi beaucoup d'autres (Alex Vizorek, Jarry, Anthony Kavanagh, Viktor Vincent, Freddy Tougaux, Adel, Juan Rodriguez, Sarah Lele, Ben…), on retrouvera, donc, au Delta, Laurence Bibot avec son nouveau et 9e seul-en-scène Je playback !, le 22 mars à 20h, tandis qu'Antoine Donneaux présentera son premier one-man-show Imitateur mais pas que ! le 24 mars à 16h.
Miss Bricola et Emmanuel Macron
Deux générations différentes, deux trajectoires distinctes, mais un point commun : Laurence Bibot et Antoine Donneaux sont chacun passés par la case télé, ce qui les a aidés à gagner en visibilité et notoriété.
Alors qu'elle démarre sa carrière de comédienne fin des années 80 avec la Ligue d'impro et son premier solo au Théâtre de la Toison d'Or (TTO), La Velue, Laurence Bibot croise la route de cinq humoristes dans le vent, Les Snuls. C'est le début d'une aventure cathodique incroyable. Diffusés sur Canal + Belgique, leurs sketchs réunissent chaque semaine des milliers de téléspectateurs et téléspectatrices. Pendant cinq ans, elle sera Miss Bricola, sorte d'assistante muette et déguisée en Bunny, dans la séquence du Professeur Décodor.

"À l'époque, il n'y avait pas de calcul d'audience, se souvient Laurence Bibot. On a mis un an à savoir que ça marchait. J'ai compris que mon personnage avait du succès quand on a fait l'émission en public et que les jeunes dans la salle hurlaient 'Miss Bricola'". Cette notoriété acquise sur le petit écran, elle en ressent toutefois assez vite les effets dans les salles de spectacle. "Clairement, mon passage à la télé a eu un impact, assure Laurence Bibot. Je voyais très bien la différence : parmi les spectateurs, il y en a qui n'avaient pas l'habitude de fréquenter les théâtres, mais qui venaient me voir au café-théâtre parce qu'ils avaient vu Les Snuls à la télé. Donc, c'est évident que la télé m'a amené beaucoup plus de monde dans les salles où je jouais".
Antoine Donneaux a vu le nombre de ses abonnés Instagram exploser (plus de 90 000 à ce jour) et a pu programmer une tournée de 40 dates en Belgique et en France.
Pour Antoine Donneaux, la télévision s'est également avérée un formidable tremplin. Repéré sur les réseaux sociaux pendant la crise du Covid, il est invité par la production de l'émission La France a un incroyable talent à participer à la 18e saison. À ce moment-là, le jeune Durbuysien a bien remporté, en mai 2019, le Prix du public au Tremplin du rire organisé par le Festival de Rochefort, mais sa carrière peine à décoller. En 2020, en plein confinement, il connaît un "petit boost" avec une vidéo (quasi 1 million de vues) dans laquelle il campe le personnage de Jason, impatient de voir le Quick rouvrir ses portes. "J'étais super content. Puis, lors du déconfinement, j'ai repris mon travail (Antoine Donneaux dirige une entreprise d'impression et de lettrage publicitaire, NdlR)." En parallèle, il crée son propre spectacle mais "je l'ai peut-être joué dix fois en un an, avec peu de spectateurs dans les salles".

Ses quatre passages dans le télécrochet de M6 vont tout changer. En mêlant stand-up et imitations (il maîtrise quelque 80 voix, de Garou à François Damiens, en passant par Pascal Obispo, Francis Cabrel, Paul Mirabel ou encore Emmanuel Macron), le Belge enthousiasme le jury et le public au fil de ses prestations, à tel point qu'il se hisse à la 5e place en finale.

Depuis, il a vu le nombre de ses abonnés Instagram exploser (plus de 90 000 à ce jour) et a pu programmer une tournée de 40 dates (dont beaucoup sont déjà complètes) en Belgique et en France.
À la lumière de leurs expériences respectives, Laurence Bibot et Antoine Donneaux sont unanimes : "Oui, l'effet télé fonctionne encore". "À l'époque, la télé permettait d'attirer davantage de spectateurs dans les salles et, aujourd'hui, elle permet d'avoir plus d'abonnés sur les réseaux sociaux, constate Laurence Bibot. Il y a juste des médias intermédiaires en plus [pour faire venir le public dans les salles de spectacle], ce qui, à mes yeux, est pas mal". Cela étant, "la concurrence est féroce aujourd'hui", objecte Antoine Donneaux. "Alors, oui, admet Laurence Bibot, mais, à l'époque, c'était très compliqué de se faire une place, car il n'y avait quasi pas d'outils pour se faire connaître".
"Pas fan de faire de la télé"
Si la télévision est l'un de ces outils, les deux humoristes confient pour autant ne pas nécessairement adorer ce média. "Je ne suis pas une fan de faire de la télé, affirme Laurence Bibot, qui a déjà participé à quelques émissions (Le jeu des dictionnaires, La semaine infernale…). Les Snuls, c'était particulier. Mais, sinon, être dans des émissions, faire des sketches à la télé, intervenir…., ce n'est vraiment pas ce que je préfère. La télé n'est pas le média qui m'éclate le plus. En radio, on est beaucoup plus libre et créatif. On n'est pas dépendant d'un réalisateur, de la lumière, d'un horrible décor, du fait qu'on a le visage qui brille, etc."
Face à la concurrence, il faut pouvoir présenter un spectacle performant, original pour se démarquer, tant sur le fond que la forme.
Antoine Donneaux, lui, ne regarde pas la télé, car, il n'a tout simplement pas de poste chez lui, trop pris par ses activités professionnelles. Comme beaucoup de jeunes aujourd'hui, il connaît les émissions incontournables et les grands moments télé grâce aux extraits diffusés sur les réseaux sociaux. L'univers de la télévision ne lui était toutefois pas inconnu avant d'intégrer La France a un incroyable talent puisqu'il avait déjà été invité, entre autres, au Grand Cactus de la RTBF. "Là, j'ai découvert l'envers du décor et j'ai pu assimiler tous les codes, raconte-t-il. Donc, quand je suis arrivé sur M6, j'étais assez à l'aise. Mais tourner une telle émission demande beaucoup d'énergie. La prestation en soi ne représente qu'1 % de l'énergie qu'on met tout autour (répétitions, maquillage, essayage, placements devant les caméras…)".
Ce télécrochet français est une grosse machine, rassemblant chaque soir environ 3 millions de téléspectateurs. "Si on m'avait proposé de faire l'émission en Belgique, j'aurais sans doute refusé, avance Antoine Donneaux, car il y a moins de répercussions. Ce qui est marrant, c'est que, très vite, dès mon premier passage, j'ai reçu des propositions de salles françaises pour me produire tandis que les salles belges ont attendu la demi-finale voire la finale".
Pour séduire les salles et le public, "il ne suffit pas d'arriver sur scène et de faire de l'humour", relève encore Laurence Bibot, dont le nouveau seul-en-scène Je playback ! s'amuse avec les archives télévisées de la Sonuma et, au travers de nombreux playbacks, analyse de manière humoristique la place des femmes dans les médias. "Face à la concurrence, il faut pouvoir présenter un spectacle performant, original pour se démarquer, tant sur le fond que la forme."
NAMUR IS A JOKE EN PRATIQUE
– La 3e édition du festival d'humour et de musique imaginé par GuiHome se tiendra du 20 au 24 mars en différents lieux de la capitale wallonne (Le Delta, Le Grand Manège, Caméo – Les Grignoux, Le Théâtre Jardin Passion, La Maison de la Poésie…).
– Au menu ? De la musique et des concerts avec la jeune chanteuse originaire de Namur Coline BLF, le phénomène Diego, l'incontournable Rori, le rappeur franco-algérien Danyl, Kid Noize, et bien d'autres.
– Côté humour, une trentaine d'humoristes belges et français sont attendus, tant des stars que de jeunes talents : Nordine Ganso, Rosa Bursztein, Ahmed Sylla, Freddy Tougaux, Hugues Hamelynck, Anthony Circus, Laurence Bibot, Sarah Grojean, Antoine Donneaux… Le gala d'ouverture, le 20 mars à 20h au Delta, sera présenté par GuiHome et Nicolas Lacroix. D'autres événements sont également prévus : le concours Joke une fois, une soirée 100 % belge XXL au Casino de Namur ou encore une soirée stand-up sur une péniche.
– Retrouvez le programme complet sur www.namurisajoke.be
– Tickets de 11,50€ à 40€ en vente sur www.nightandday.be/billetterie/namurisajoke