"Rituels du désordre": "La danse est un puissant vecteur de rassemblement"
Pour leur troisième création, Leslie Mannès, Thomas Turine et Vincent Lemaître convient le public à un spectacle immersif pour une expérience unique, multisensorielle de lâcher-prise par la danse. Au Varia, dans le cadre des Métamorphoses d'été, du 21 au 24 juin.

- Publié le 13-06-2023 à 16h23

À chaque changement de saison, le Varia propose ses Métamorphoses, "un petit festival foisonnant" rassemblant des performances, des spectacles, des rencontres, des lectures… Ainsi, cet été, Isabelle Jonniaux est partie, carnet de notes et appareil photo à la main, explorer la ville pour créer sa performance scénique J'aime beaucoup ici (jusqu'au 24 juin) dans laquelle elle interpelle le public sur nos modes de vie urbains.
En danse, il sera aussi question d'exploration, mais du corps et des énergies qu'il crée. Leslie Mannès, Thomas Turine et Vincent Lemaître proposent, en effet, un spectacle tout particulier, une expérience multisensorielle immersive à travers le mouvement : Rituels du désordre, du 21 au 24 juin. Sa spécificité ? Le spectateur se fait participant tandis que la scène et les gradins "disparaissent" pour ne plus former qu'un seul et même espace. "Nous sommes tous au même niveau. Il n'y a pas de regardant ; il n'y a que des participants, précise la danseuse et chorégraphe Leslie Mannès. On enlève les frontières et on plonge avec le groupe (50 participants maximum, NdlR) dans un environnement esthétique et sonore. On leur propose alors de l'habiter en partageant des pratiques du corps qu'on a développées".

Triade danse, son et lumière
Cette troisième création s'inscrit dans la continuité du travail entamé par le trio en 2016, avec leur performance chorégraphique Atomic 3001 suivie, trois ans plus tard, de Forces. Si chacun de ces spectacles a son univers particulier – un solo mécanique, robotique au rythme aliénant de la techno puis un trio féminin, animal et puissant sur des sonorités électromagnétiques – , tous partagent un vocabulaire commun où s'entrelacent le mouvement (pensé et dansé par Leslie Mannès), le son (créé par le compositeur Thomas Turine) et la lumière (conçue par Vincent Lemaître).
"De cette rencontre de nos trois éléments participe aussi le rapport à l'émotion, relève Leslie Mannès. Nous avons envie que cette empathie puisse parvenir aux spectateurs. Nous mettons nos trois éléments au service de l'émotion : comment toucher les spectateurs ou comment parvenir jusqu'à eux. Nous incluons vraiment le public dans notre démarche. Ce qui nous a menés aux Rituels du désordre".
Quand on est interprète, quand on est sur scène, il y a un état qui exacerbe nos sens et nos perceptions, et nous avions envie de partager ces sensations-là avec les spectateurs."
"Lorsqu'on a joué Forces, se souvient Thomas Turine, on a eu plein de retour de spectateurs qui nous disaient qu'ils avaient envie de danser avec nous, qu'ils étaient transportés et émus par les trois danseuses (Leslie Mannès, Mercedes Dassy et Daniel Barkan, NdlR), la musique, la lumière. Et cela nous a fort touchés". "Puis, il y a eu le Covid, poursuit-il, où l'on s'est tous retrouvé isolés. On s'est dit qu'après, ce serait bien de créer un spectacle où on partage quelque chose avec les gens. On a donc imaginé un espace immersif dans lequel on invite le spectateur à vivre ce que nous traversons en temps de création".
Leslie Mannès complète : "Quand on est interprète, quand on est sur scène, au centre du dispositif, de la lumière, des haut-parleurs, il y a un état qui exacerbe nos sens et nos perceptions, et nous avions envie de partager ces sensations-là avec les spectateurs".
Écoute et douceur pour arriver au lâcher prise
Par ailleurs, reprend Thomas Turine, "après le Covid, nous avions aussi envie de bouleverser, renverser l'ordre". "Pendant la période du Covid, entre mars et juin 2021, rappelle Leslie Mannès, nous avions déjà mené un projet de recherche intitulé Étude sur les rituels du désordre. C'était très intéressant de réfléchir en groupe à la notion d'ordre et de désordre parce que chacun a une relation différente à l'ordre et au désordre. Cela nous a aussi permis de constater qu'il y a un mouvement permanent entre ordre et désordre".

À l'image des carnavals, bacchanales, fêtes des fous…, bousculer l'ordre, se défaire du carcan des règles… peut avoir un effet libérateur, émancipateur, "mais c'est en développant beaucoup d'écoute et de douceur qu'on peut arriver à cet endroit où les gens peuvent se lâcher et explorer d'autres pistes", observe Leslie Mannès. "Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ce n'est pas forcément en donnant tout et en étant dans un rapport à une certaine violence qu'on arrive au lâcher-prise, explique-t-elle. Il s'agit plutôt d'apprendre à créer du lien pour être ensemble et être à l'écoute de ce lien. C'est à partir de là que vient se tisser peu à peu la permission de lâcher prise".
Ouvert à toutes et tous, de 7 à 99 ans
Pour ce faire, les participants sont invités et accompagnés dans une série d'actions chorégraphiques, sonores et perceptives. Rassurez-vous : la performance est ouverte à toutes et tous, de 7 à 99 ans, et aucun pré-requis en danse n'est nécessaire. Pour que chacun soit à l'aise, n'appréhende pas le regard de l'autre, "pendant les quinze, vingt premières minutes, les participants, munis d'un casque audio, sont conviés à porter leur attention sur leurs doigts, le toucher ; caresser de la lumière ; écouter un son et bouger sur ce son ; etc., détaille Thomas Turine. Il n'y a pas de regard. Chacun est centré sur l'écoute de ses ressentis internes et de ses perceptions".
Ce sont des mouvements que nous connaissons tous, qui sont en nous. C'est très simple d'y entrer, car c'est de l'énergie corporelle."
Puis "cinq danseurs/guides évoluent parmi les participants et les invitent à se mettre en mouvement", reprend la chorégraphe, que ce soit dans des moments d'unisson ou de danse libre. "Concernant les mouvements, ils suivent le travail chorégraphique de Leslie, souligne Thomas Turine, c'est-à-dire qu'ils s'inspirent de traditions. Ce sont en fait des mouvements que nous connaissons tous, qui sont en nous. C'est très simple d'y entrer, car c'est de l'énergie corporelle". Et d'admettre : "Les gens qui ne sont pas habitués à la danse peuvent hésiter, mais quand ils comprennent que tout se fait délicatement, c'est beaucoup plus simple pour eux d'y entrer. Et, au final, tout le monde en sort transformés et ravis".

"Je constate qu'il y a un vrai retour à la danse, se réjouit Leslie Mannès. La danse est un vecteur de rassemblement très puissant. Si la danse a parfois été mise dans une case élitiste ou un peu ennuyeuse, les gens ont, aujourd'hui, plaisir à y revenir. Je pense qu'il y a, devant nous, un beau chemin pour la danse, qui sera peut-être celui à emprunter pour retrouver le chemin de son corps".
-- > Bruxelles, Varia, du 21 au 24 juin. Infos et rés. au 02.640.35.50 ou sur www.varia.be