Manon Lepomme, de ses racines italiennes à sa vie de trentenaire
L'humoriste liégeoise est en pleine tournée de son nouveau spectacle "Je vais beaucoup mieux, merci !".

- Publié le 14-02-2022 à 09h24

Je suis contente ! J'ai bien calculé mon coup !", éclate d'un rire généreux Manon Lepomme. Depuis le 6 janvier, soit quelques jours à peine après que le Conseil d'État a autorisé la réouverture des lieux culturels, l'humoriste liégeoise est, en effet, de retour sur les planches avec un tout nouveau spectacle : Je vais beaucoup mieux, merci ! "En novembre 2020, se souvient-elle, je me suis dit : 'Allez ! En janvier 2022 : nouveau spectacle !' Bon, je me suis un peu plantée parce que je pensais qu'il n'y aurait plus le Covid en 2022. Ce n'est pas exactement le cas, mais, en tout cas, on va vers un mieux."
Néanmoins, "j'ai quand même cru jusqu'au bout qu'on n'allait pas pouvoir démarrer la tournée, confie-t-elle. Quand on n'a pas une deadline claire, c'est très difficile de créer et de répéter un spectacle dans de telles conditions. Un jour, c'est oui ; un jour, c'est non. Puis on nous a quand même injustement empêchés de travailler pendant très, trop longtemps. Du coup, à la fin de la création, ça a été compliqué de répéter sans savoir si on allait pouvoir jouer". Mais, "là, je suis vraiment contente d'avoir pu reprendre et je vois aussi combien les spectateurs sont heureux d'être de retour dans une salle".
Février 2021 : "Il faut que tu t'y mettes !"
Ce nouveau show, Manon Lepomme le considère davantage comme "la continuité" et "non la suite" de son précédent spectacle, Non, je n'irai pas chez le psy, qu'elle a joué pendant cinq ans devant plus de 250 000 spectateurs. "L'intitulé de Je vais beaucoup mieux, merci ! est un clin d'œil à mon show précédent, mais ce sont deux spectacles totalement indépendants", précise-t-elle. "Puis, dans le contexte actuel, ce titre parle à plein de gens parce qu'on allait tous un peu mal à un moment donné."
Si, en novembre 2020, elle se fixe comme objectif de monter un nouveau spectacle pour janvier 2022, "ça n'a pas été facile" à mettre en route, reconnaît-elle. "Entre novembre 2020 et février 2021, je n'ai rien écrit parce que je me disais 'Je n'ai plus rien à dire ! Qu'est-ce que je vais raconter aux gens ?' Mais, en réalité, on n'a jamais tout dit." Elle poursuit : "Je savais que ce spectacle serait personnel parce que Non, je n'irai pas chez le psy ! l'était déjà. Mais je ne pensais pas que ça irait aussi loin". En février 2021, "je me suis dit 'Là, il faut que tu t'y mettes' parce que je me connais : écrire un spectacle me prend un an".
Elle commence alors à écrire avec son co-auteur, Marc Andreini. "On a énormément écrit, à tel point que, quand on a fait le bilan en octobre 2021, on s'est rendu compte qu'on avait de la matière pour deux spectacles, rit-elle. Puis, nous avons soumis tout cela au metteur en scène, Mathieu Debaty, qui nous a aidés à structurer nos idées pendant les répétitions". C'est également sous l'impulsion de son metteur en scène, "qui m'a posé plein, plein de questions", que Manon Lepomme en est venue peu à peu à "parler de choses dont je n'avais encore jamais rien dit", comme ses origines italiennes par sa maman. "Avec un nom comme Manon Lepomme, on ne peut pas se douter que la moitié de mon sang est italien", s'amuse-t-elle.
Tandis qu'elle se plonge dans son histoire familiale, la jeune femme prend conscience que, par moments, son écriture est "bloquée". "Mathieu m'a alors conseillé d'aller poser directement des questions à ma mère, ma tante et ma grand-mère. J'ai fait un effort de mémoire considérable pour me remémorer des souvenirs lointains. Elles m'ont raconté comment elles avaient vécu l'immigration italienne, les insultes qu'elles recevaient à l'époque, etc., ce dont elles n'avaient jamais parlé jusque-là. Et, donc, j'ai compris beaucoup de choses sur ma maman et l'éducation qu'elle nous a donnée."
Une démarche introspective
Outre cette quête identitaire au travers de ses origines, Manon Lepomme s'est également saisie de l'écriture de ce nouveau spectacle pour s'interroger sur sa vie en tant que femme de 33 ans au départ d'une série de constats. "Qui suis-je ? : suis-je devenue la femme que je voulais être quand j'étais petite ? Je n'ai pas d'enfants : est-ce que je veux des enfants ?, est-on obligé d'en faire ? Et si j'ai des enfants, ai-je envie qu'ils me ressemblent ?, etc., énumère-t-elle. C'est vraiment un spectacle avec une démarche introspective. Je suis à un 'point charnière' de ma vie : qui suis-je, qu'est-ce que j'ai accompli, qu'est-ce qu'il me reste à faire ? Ce spectacle-ci est donc beaucoup plus personnel que le précédent".
Sans s'ériger en fer de lance du féminisme, Manon Lepomme est profondément attachée à l'égalité homme-femme. "Ça fait partie de mes combats. J'en ai plein. Ils sont là, mais je ne les revendique pas", défend celle qui se définit comme "une femme sur scène, une femme issue de l'immigration italienne et une femme de 33 ans cheffe d'entreprise, car je m'autoproduis".
Elle conclut : "En fait, il y a plein de messages dans ce spectacle, mais ils ne sont pas frontaux, agressifs. La maternité, les règles, l'immigration…, j'en parle par le biais de l'humour. Si ça fait rire les spectateurs, mon objectif est réussi. Mais, si en plus, mes messages passent, alors, c'est le combo ; j'ai tout gagné : non seulement j'ai fait rire les gens mais ça les a aussi fait réfléchir."
Retrouvez toutes les infos et dates de la tournée sur www.manon-lepomme.be