Bénédicte Linard (Ecolo) : "Le MR de Bouchez, c'est difficile de travailler avec lui"
Selon le résultat des urnes le 9 juin, l'actuelle ministre de la Culture se dit prête à poursuivre son engagement en politique et à reprendre le portefeuille de la Culture "si l'opportunité se présente". Interview.

- Publié le 31-05-2024 à 17h34

Au terme de cette législature 2019-2024 passée à la tête de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), la ministre Bénédicte Linard (Ecolo) estime, aujourd'hui, "avoir bien avancé par rapport aux objectifs fixés". Mission accomplie, donc ? "Je ne cherche pas à embellir la situation, mais je pense que les politiques que nous avons menées ont permis de renforcer la culture, estime-t-elle, et, partant, le secteur, c'est-à-dire les gens qui y travaillent, même s'il reste des enjeux en termes de statut (d'artiste) et de rémunérations, mais qui ne dépendent pas que du niveau communautaire". Donc, "en pensant la culture dans le temps et en renforçant la proximité, on a renforcé la place de la culture au bénéfice de notre société et des publics".
Entre la crise sanitaire, l'inflation et les contrats-programmes, la législature écoulée n'a toutefois pas été un long fleuve tranquille et les cinq années à venir s'annoncent tout aussi difficiles sur le plan budgétaire.
Y a-t-il des objectifs que vous avez manqués au cours de ces cinq années ?
Non, mais il y a des dossiers où tout n'est pas réglé. Par exemple, le Peca (Parcours d'éducation culturelle et artistique) dans les écoles doit continuer à être mis en œuvre. De même, la rémunération des travailleurs et travailleuses du secteur culturel reste un enjeu à défendre. On a aussi travaillé à renforcer l'égalité et la diversité, mais on doit à présent évaluer si les mesures mises en place sont suffisantes ou pas. Etc. C'est inévitable : en cinq ans, on ne sait pas tout faire.
La crise du Covid a été particulièrement éprouvante pour le secteur culturel. Avez-vous toujours eu le soutien de vos partenaires de majorité (PS-MR) ?
Ça a été un chemin de croix parce qu'on n'arrêtait pas de défendre la valeur fondamentale de la culture en temps de crise et, sans cesse, ceux qui prenaient les décisions sanitaires (le Codeco, NdlR) nous renvoyaient l'idée que ce n'était pas encore au secteur culturel de rouvrir. Mais on a quand même eu des petites victoires : les musées belges ont été parmi les premiers à rouvrir dans toute l'Europe. En ce qui concerne l'exécutif de la FWB, pendant la période Covid, au final, il a accepté de dégager 100 millions pour la Culture. J'ai dû défendre mes dossiers, mais je dois reconnaître que le gouvernement a joué son rôle. Donc, la cohésion du gouvernement n'a pas été mise à mal pendant le Covid. Ni pendant la législature, d'ailleurs. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas dû livrer de batailles. Et il y en a qui ont été plus dures que d'autres.
Par exemple ?
L'indexation des subventions de la culture. C'est une bataille que j'ai gagnée, mais ça a été une vraie bataille parce qu'on n'a pas les mêmes visions autour de la table de ce gouvernement. J'étais la seule Ecolo face à deux PS et deux MR. Et la vision libérale sur l'indexation n'est pas la même que la vision écologiste. Pour moi, l'indexation est le premier bouclier pour protéger des opérateurs, quels qu'ils soient, face à l'explosion du coût de la vie. Entre 2022 et 2023, les prévisions étaient de 16 % d'inflation. Donc, il était impossible de ne pas prévoir une indexation. Je suis fière de dire que, tant pendant le Covid que la période d'inflation, grâce à la FWB, aucun opérateur culturel n'a mis la clé sous le paillasson.
Seriez-vous prête à remonter à bord du même attelage pour les cinq prochaines années ?
Il y a d'abord une étape fondamentale : le 9 juin. Le choix de l'électeur sera déterminant. J'ai toujours dit que je suis disponible pour mon parti s'il s'avère qu'on est de nouveau en majorité. Mais le MR de Georges-Louis Bouchez, c'est difficile de travailler avec lui. Donc, ce qui est très clair, c'est que si on a le choix d'être en majorité, Ecolo choisira toujours les plus progressistes.
Seriez-vous également disposée à reprendre le portefeuille de la Culture ?
Je suis prête à poursuivre mon engagement en politique et je suis prête à prendre le portefeuille de la Culture si c'est une opportunité qui se présente.
Pensez-vous qu'un refinancement massif de la culture sera également possible au cours de la prochaine législature ?
Je ne sais pas s'il y aura un jour un refinancement identique à ce que j'ai pu faire. Par contre, je sais que certains partis ont voté en faveur de l'austérité au niveau européen et que la Belgique va devoir tenir compte de ce cadre budgétaire.