L'incroyable destin de Kavinsky, le zombie discret de l'électro, qui aurait pu ne jamais percer
Le DJ français Kavinsky, retrouvé mort dans son appartement parisien le 29 juillet, aura côtoyé les grands noms de l'électro française en 20 ans de carrière. Mais "Nightcall", le tube favori des conducteurs mélancoliques aurait bien pu ne jamais percer.
- Publié le 29-07-2026 à 15h36
- Mis à jour le 29-07-2026 à 17h04

Discret derrière ses célèbres lunettes de soleil noires aux pupilles rouges et scintillantes et son style rétro, Kavinsky était un géant de la "synthwave". C'est son tube planétaire "Nightcall" qui restera son plus grand succès, d'abord grâce au film culte Drive, de Nicolas Winding Refn (2011) et puis, bien entendu, grâce à sa prestation à la cérémonie des Jeux olympiques de Paris, en 2024, aux côtés du groupe Phoenix et d'Angèle. Pourtant, le titre désormais mythique aurait pu ne jamais voir le jour.
Il faut dire qu'en 20 ans de carrière, Vincent Belorgey de son vrai nom, a été bien entouré. Ami du réalisateur et DJ Quentin Dupieux, dit Mr. Oizo, Kavinsky découvre la musique électronique en plein service militaire.
Alors que ses nombreux premiers EP restent plutôt confidentiels, le DJ se retrouve propulsé en 2006, par les Daft Punk. Déjà énormes à l'époque, les deux robots français sont alors en pleine tournée "Alive 2007" et lui offrent leurs premières parties.
"Nightcall", lent au démarrage
"Je suis passé à côté de Daft Punk quand j'écoutais du rap, tout simplement parce qu'il y avait marqué punk sur la couv et que personne m'avait dit que ça n'en était pas", confie Kavinsky, des années plus tard, à 20minutes, tout en sachant que cette rencontre changera sa vie.
C'est Guy-Manuel de Homem-Christo, la moitié des Daft Punk au casque doré, qui évoque pour la première fois l'idée de "Nightcall" dans le tour-bus, en pleine tournée. "Il avait déjà toute la structure et la vision du morceau en tête, j'étais fou de joie à l'idée de collaborer avec lui", reconnaît le DJ auprès de Vogue France.
Dans cette ballade, un homme mort dans un accident reprend contact avec son ancienne petite amie, qui a depuis refait sa vie, pour lui révéler ce qu'il est devenu. C'est nul autre que Sébastien Tellier qui incarne ce conducteur fantôme à la voix robotique, tandis que les réponses douces et sensuelles de son amour perdu sont chantées par Lovefoxxx, chanteuse du groupe brésilien CSS.

Tous les éléments sont là pour un carton, pourtant, au moment de sa sortie en 2010, "Nightcall" ne prend pas, à la grande surprise de Kavinsky. "Ça a fait un four, raconte-t-il plus tard aux Inrocks. On avait vendu 2 500 vinyles maximum".
"Drive" conduit Kavinsky au sommet
Il faudra attendre à peine un an, pourtant, pour que le réalisateur danois Nicolas Winding Refn le contacte afin d'intégrer le titre à la séquence d'ouverture de son film Drive, dont l'ambiance rétro nocturne et mélancolique colle parfaitement. Le film avec Ryan Gosling propulse la carrière de Kavinsky à l'échelle internationale.

Le DJ choisira malgré tout la discrétion, en ne sortant que deux albums en quinze ans, OutRun (2013) et Reborn (2022), et en fuyant les interviews. Kavinsky se cache derrière son personnage fictif de zombie, mort au volant de sa Ferrari Testarossa en 1986 et de retour 20 ans plus tard pour faire de la musique électronique.
En 2024, la consécration ultime : sa prestation devant des millions de téléspectateurs pour la cérémonie des Jeux olympiques de Paris, avec Angèle et Phoenix. À l'image de Kavinsky, "Nightcall" est ressuscité et devient le morceau le plus "shazamé" de l'histoire en une seule journée.

Angèle a réagi, mercredi après-midi, en publiant un hommage sur son compte Instagram. "Immense tristesse. Merci de m'avoir permis de vivre ce moment inoubliable sur scène avec toi et toute l'aventure qui a suivi. Pensées et toutes mes condoléances à la famille et aux proches".
Kavinsky a été retrouvé mort ce 29 juillet, deux jours avant son 51e anniversaire, mais sa musique restera l'hymne des longs trajets en voiture nocturnes et mélancoliques.