Terra Mater, le retour de Greta Mater
Quand la maman de Greta Thunberg rechante pour la clause climatique.
- Publié le 08-09-2025 à 19h00

Dans les premières années du siècle, Malena Ernman eut son heure de gloire sur la planète lyrique. Rien qu'à la Monnaie, on pouvait entendre la jeune mezzo-soprano suédoise dans le répertoire baroque, dans Mozart, ou encore dans le rôle-titre de Julie, l'opéra de Philippe Boesmans d'après Strindberg. Ouverte à d'autres genres musicaux, elle fut même, en 2009, choisie pour représenter son pays au Concours Eurovision de la chanson, se classant à une très modeste 21e place.
Depuis une vingtaine d'années, Ernman avait presque disparu des grandes scènes d'opéra internationales, notamment pour se consacrer à l'éducation des deux filles qu'elle a eues avec l'acteur Svante Thunberg. Si la cadette, Beata, a pris le nom de sa mère – Bea Ernman – pour entreprendre une carrière dans la musique – non classique -, l'aînée, Greta, a fini par éclipser toute la famille par sa notoriété.
Alors que la célèbre activiste environnementale vient de reprendre la mer avec une flotille pour Gaza, sa mère retrouvait dimanche la scène du théâtre des Margraves à Bayreuth pour proposer la déclinaison scénique d'un programme récemment enregistré : Terra Mater. A priori, consacrer une compilation d'airs et d'instrumentaux à l'évocation de la nature et du règne animal dans la musique classique n'est pas particulièrement original. Sauf qu'ici, la présence de la mère de Greta Thunberg vaut caution. Et que le menu, du baroque anglais et italien pour l'essentiel, prend une dimension particulièrement intéressante tel qu'il a été conçu, mis en forme et arrangé par Cristina Pluhar.
L'appel de la forêt
Fondatrice et toujours âme de l'ensemble L'Arpeggiata, la luthiste autrichienne a pris l'habitude, ces dernières années, de proposer des disques qui sortent de plus en plus des sentiers battus et qui empruntent autant au jazz et aux musiques du monde (voire parfois à la variété) qu'à la musique classique. On aime ou on n'aime pas, mais ce programme Terra Mater est un exemple parfait, d'autant qu'il a le bon goût de ne pas franchir trop de bornes et donc de ne pas braquer les puristes. Il y a force appeaux, petites flûtes, coups d'archets joyeux et percussions caressées aux pinceaux, il y a dix musiciens de haut vol qui dialoguent par notes et par bruits et il y a quelques gags, sonores ou visuels. Et au centre il y a Ernman, qui joue les coucous avant de s'essayer aux coassements de grenouilles (et tant pis si cela ressemble plutôt à des envois), qui se fait chanteuse jazz pour un air de Haendel seulement accompagné à la contrebasse en pizzicato et par quelques percussions, et qui, en rappel, n'oublie pas de stigmatiser "le plus méchant des animaux, celui qui tue tous les autres et la planète" pour lancer une version baroque de Fragile de Sting.
Disponible en CD Erato