Ozora, l'autre Tomorrowland

Niché à 140 bornes au sud-ouest de Budapest, le festival Ozora (6-12 aout) est devenu en moins de 15 ans l'un des plus grands rassemblements de Trance et de musique psychédélique au monde.

Pierre Vangrootloon
Ozora, l'autre Tomorrowland
©D.R.

Entre ses décors en bois impressionnants suggérant un Tomorrowland écolo et l'atmosphère Peace&Love d'un Woodstock du 21ème siècle, Ozora se révèle, au-delà de la musique, une expérience fantasmagorique particulièrement aboutie.

« Welcome To Paradise » . A l'arrivée sur le site, le ton est donné. Les concepteurs veulent offrir au public une parenthèse enchantée, un wonderland à la sauce électronique, un petit coin de paradis dans ce monde de brutes mais tout cela dans un joyeux bordel. Il faut se taper près de 2h30 de file pour récolter son précieux sésame dans un chapiteau style Bouglione. Mais dans la queue, l'ambiance est bon enfant et sur le bord du chemin, certains font la manche ou vendent de petites confections maison pour se payer « the access to the heaven» (sic).

Osera, Osera pas? Ozora!

A peine débarqué sur le lieu des festivités à 1h du matin après un contrôle anti-drogue dans le bus réalisé par des policiers amateurs, on est déjà conquis: camping et site s'accouplent joyeusement (jusqu'à retrouver des tentes à deux pas de la Main Stage) au sein d'un spot vallonné composé de vastes plaines et de bosquets à perte de vue. Il n'y a pas de délimitations et encore moins de barrières, cela rend le lieu infini, si bien que certains se perdent. Un festivalier nous raconte qu'il a passé 2 heures dans la forêt… Nous sommes le Day 0, le festival ne commence officiellement que le lendemain mais certains sont là depuis une semaine et d'autres resteront bien après la clôture. A l'image de l'endroit, la déglingue paraît sans fin, sans limite.

On se lance donc et allons transer et trancer au Pumpui, le seul chapiteau déjà ouvert balançant du 150 bpm. Première impression : à J-1, il est à dénombrer plus de cadavres humains que de cadavres … de bières aux abords du dancefloor, recouvert d'une moquette où beaucoup se désarticulent pieds nus. Bienvenue dans La Mecque de la défonce. Et pas étonnant que certains aient déjà sombré vu les tarifs proposés au bar : 1€ la bière et 3.5€ le whisky/coke. Encore moins cher qu'à la kermesse aux boudins de Nandrin. Si pour les Hongrois ce n'est pas forcément donné, les expats venus en masse, s'en donnent à cœur joie. On y croise de tout : une martiniquaise venue spécialement pour l'évènement (oui, on drague et alors ?), du japonais, des Kaas hollandais et beaucoup de Français. Trop diront certains.

Le lendemain débutent réellement les hostilités avec l'ouverture de la Main Stage. Et pour commencer en beauté, l'organisation lance une grande course du bout de l'immense plaine jusqu'à la scène. Un 100 mètres de folie que ne dispute pas Usain Bolt mais beaucoup d'autres comiques qui semblent avoir été touchés par la foudre. La « soucoupe volante » fluorescente faisant office de chapiteau est prise d'assaut et un énorme feu de joie prend vie au milieu de jongleurs en tous genres.

Sur la stage des danseurs font leur apparition accompagnés d'un spectacle de sons et lumières suivi par le concert d'ouverture de Shpongle , groupe britannique renommée de psy trance dont les influences et les collaborations sont nombreuses. Mais sur scène la prestation désarçonne. Le cocktail de déguisements bon marchés accompagnés des synthés de Jean-Michel Jarre, le tout servi sur une base trance alterne entre des passages aboutis et endiablés et d'autres écœurants voire infects . Après ce premier acte, le son ne s'arrêtera plus jusqu'au 12 aout, les deejays se succèderont à un rythme effréné dans un tourbillon de couleurs, de rires et surtout de grosses saveurs.

A taille humaine

La programmation est déconcertante pour un puceau de musique psyché. Le Day 1 se lance à 21h pour s'éteindre à… 17h. La tête d'affiche se découvre donc… le lendemain. On ne connaît pas le moindre nom sur l'affiche et pourtant il en recèle des dizaines voire des centaines. Diamétralement opposée à la starification de Tomorrowland, la line up consacre des anonymes d'où émergent aux écoutilles quelques délices comme le DJ Set de 5 heures D-Nox & Beckers au parfum deep enivrant ou la démonstration de Zen Mechanics pour conclure le premier jour sur la Main Stage. Mais bon parfois c'est moins jojo, lorsqu'à 8 heures du mat' on est réveillé par du speedcore. Il en faut pour tous les goûts…

L'état d'esprit est également remarquable. Vous pensiez qu'à Dour les gens étaient sympas ? Testez Ozora, on se croirait à un rassemblement d'assistants sociaux. Que cela soit pour un sourire, une clope ou un simple coup de main, chacun semble attentif à son prochain. Une secte ou le pays des bisounours ? Non, mais lorsque vous bousculez quelqu'un, c'est lui qui s'excuse. Le genre de comportement qui tient désormais du miracle dans les festivals noir-jaune-rouge.

Ce bien-être ozorien est accentué par l'esthétisme du lieu. Le festival regorge de trouvailles visuelles destinées à surprendre et à faire tripper -ne nous voilons pas la face le LSD se trouve aussi facilement qu'un rouleau de PQ- ses spectateurs. Pontons en bois et sculptures colossales émerveillent mais le coup de cœur est attribué à la scène Chill Out, sorte de mygale immense sous laquelle on peut phaser dans le sable en observant des rétroprojecteurs balancer des images hallucinatoires sur un son loundge .

Plus de 30.000 festivaliers pour un site tentaculaires. On ne se marche pas dessus, mieux que ça on assiste à des scènes surréalistes. En pleine journée, sur la Main Stage pendant que les teuffeurs purs et durs se débattent devant le soundsystem , d'autres se font arroser par les pompiers, certains jouent tout nus dans la boue pendant qu'un bienheureux traverse la plaine en pocketbike entre deux joueurs de frisbee.

Si notre cher Poelvoorde devait tester ce parc d'attraction musical, il adapterait sans doute ses quotes légendaire de «C'est arrivé près de chez vous ». Ozora ! Ozora ! Et de scène en scène et de plaisir en plaisir. Là-dessus, je vais me soigner cette mauvaise peau garnie de poussière… magique.


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