Keisuke Okazaki piégé par Sibelius

Keisuke Okazaki est Japonais, il a 26 ans, ce qui lui a laissé le temps d'aller se perfectionner en Allemagne et avec de bons professeurs... Depuis le début des épreuves, il se distingue par une qualité de style que peu de candidat ont en partage - même parmi les finalistes - ce qui justifie le choix, plus difficile qu'il y paraît, du Grand Duo en la majeur de Schubert.

Martine D.Mergeay

Keisuke Okazaki est Japonais, il a 26 ans, ce qui lui a laissé le temps d'aller se perfectionner en Allemagne et avec de bons professeurs... Depuis le début des épreuves, il se distingue par une qualité de style que peu de candidat ont en partage - même parmi les finalistes - ce qui justifie le choix, plus difficile qu'il y paraît, du Grand Duo en la majeur de Schubert.

Très belle façon d'énoncer le thème de l'allegro initial, simple et chantant : on est dans l'univers du compositeur, c'est-à-dire classique dans la forme, romantique dans l'esprit. Quelques tensions chez le violoniste privent le scherzo d'une partie de sa verve, l'andantino est un moment de grâce, l'allegro vivace, enfin, est d'autant plus périlleux qu'il est pris à très vive allure et qu'au piano Tobias Koch ne se prive pas de quelques pâtés.

Il n'empêche, l'esprit y est, esprit d'improvisation et de charme, sur fond de mélancolie (fraternelle, comme on sait...). Très belle introduction de l'oeuvre inédite de Javier Torres Maldonado, Obscuro Etiamtum Lumine - qui dira pourquoi l'ambiance peut être si différente d'une fois à l'autre, alors que l'orchestre joue seul ? - ouvrant à une interprétation très personnelle du concerto, explorant à fond les possibilités sonores offertes par l'écriture de Maldonado, tout en imposant un véritable "discours".

La maestria de Varga

Jean Sibelius et son concerto des champions, conviendront-ils à ce candidat proche de Mozart et de Schubert ? Les chances sont minces mais, en dépit - ou à cause ? - des appréhensions, il est sûr que le violoniste et l'orchestre ont trouvé le joint : l'allegro d'ouverture est chargé de mystère et de violence contenue, mais sans lourdeur, dans un tempo très vif, et la technique assurée du violoniste fait le reste pour arriver à une véritable impression de puissance, sonore et artistique. La fin du mouvement connaîtra hélas un gros dérapage - redressé avec maestria par Gilbert Varga -, signe que le concours peut dérouter les meilleurs.

Keisuke parviendra à se ressaisir et offrir un adagio chantant, poignant même auquel il épargnera heureusement les habituelles dérives sentimentales. Dans le finale - chaque fois un stress général - le soliste gardera le cap, faisant preuve à la fois d'éloquence et de stratégie (sans quoi il ne serait pas arrivé au bout...) et laissant percevoir, à travers tout, sa musicalité cultivée. On pourra lui faire reproche d'avoir fait un mauvais choix mais non de ne l'avoir pas assumé...

© La Libre Belgique 2005

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