David Louapre (Science étonnante): "Certains me demandent pourquoi je fais le guignol sur YouTube, mais ça reste rare"
- Publié le 21-04-2018 à 11h44
- Mis à jour le 27-04-2018 à 14h29

Pourquoi les gens grands sont mieux payés que les petits ? Qu'est-ce que la théorie de la relativité ? Le libre arbitre existe-t-il ? Ou encore... pourquoi une coloscopie plus longue peut sembler moins désagréable ?
Autant de questions diamétralement opposées, dans leur thème comme sur leur capacité à faire sourire ou à se gratter la tête. Mais elles se rejoignent toutes en un point central : David Louapre. Derrière ce nom se trouve l'un des vulgarisateurs francophones les plus connus sur YouTube. À 39 ans, l'homme qui pose toutes ces questions cumule des millions de vues sur sa chaîne "Science étonnante". Ce physicien de formation, qui travaille dans l'industrie depuis une quinzaine d'années, s'est lancé sur la plateforme depuis bientôt quatre ans, pour le plus grand bonheur des curieux qui surfent sur YouTube. David Louapre est l'Invité du samedi de LaLibre.be.
Qu'est-ce qui vous a convaincu de créer votre chaîne YouTube ?
C'est lié à deux choses. D'abord, le format vidéo a un impact différent du format purement écrit. On maîtrise mieux les messages qu'on délivre par vidéo. Quand on écrit, on ne sait pas exactement comment ça va être lu, à quelle vitesse, comment les gens vont passer du texte aux figures, etc. C'est un format efficace.
L'autre point, c'est qu'avec la démocratisation du matériel, des logiciels, ça devient relativement facile de faire de la vidéo, surtout quand on propose des formats simples comme les miens.
Vous avez aussi un blog depuis 2010… Mais avez-vous plus de notoriété depuis que vous êtes sur YouTube?
Si on compare rapidement, entre le blog et la chaîne Youtube, il y a un presque un facteur 10 en fréquentation. Si on compte 150.000 vues par mois sur le blog, on sera autour du million sur YouTube. Et en termes de temps passé, c'est également plus important. Sur les vidéos, je sais combien de temps les gens restent devant en moyenne, alors que sur le blog, je pense que les gens vont et viennent plus rapidement.

Vous consultez les statistiques sur YouTube. Qu'est-ce que ça vous apprend de plus ?
On a aussi des données démographiques, qu'il faut toujours prendre avec des pincettes, car ça dépend de ce que les gens ont renseigné ou pas. On a aussi les tranches d'âges...
Ce qu'on constate en premier lieu, c'est que ça reste très masculin. Presque 90% on va dire. Mais il y a un certain nombre de biais dans ce chiffre-là. Si on regarde sur la page Facebook, c'est plutôt 70%. Je pense que la réalité n'est pas aussi marquée, mais globalement, il y a un vrai effet. Et au niveau tranche d'âge, c'est plutôt… jeunes adultes. Le pic est entre 18 et 35 ans.
Comment trouvez-vous du temps, en plus de votre travail et de votre vie de famille ?
Eh bien je ne dors pas beaucoup. Mais je suis à la fois très organisé et très efficace. En moyenne, je pense que je passe moins de temps à produire une vidéo que d'autres. D'une part car j'ai bien automatisé un certain nombre de choses. D'autre part parce que je ne fais pas dans la fioriture. Je ne vais pas passer 4 heures sur un effet pour le plaisir.
Au total, je passe environ 8 heures par semaine sur les vidéos, principalement le week-end.
Ca occupe bien vos week-ends alors ?
En fait, en semaine, je me lève à 6 heures du matin. J'ai donc décrété que, physiologiquement, c'était une bonne idée de me lever tous les jours à la même heure. Donc entre 6h et 9h, j'ai le temps pour bosser sur les sujets, et je peux continuer un peu le soir.
Vous monétisez vos vidéos ? Ça vous rapporte combien ?
Oui, grâce à des petites publicités. Et, en fonction de ça, on touche de l'argent. Le chiffre qui circule, c'est à peu près 1 dollar par 1.000 vues. Mais on n'a pas le droit de communiquer là-dessus. Disons que c'est le chiffre communément admis. J'ai donc une auto-entreprise pour héberger ces revenus-là. Et si vous regardez, le calcul est vite fait…
Il y a des "haters" parfois sur vos vidéos ?
Non, pas trop. Je fais quand même très attention à ce que je raconte, je vérifie bien tout, je pose des questions aux gens qui connaissent le sujet lorsque ce n'est pas trop mon domaine. De temps en temps, j'ai des commentaires de gens qui délirent un peu, mais voilà. Jamais de critiques sérieuses.
La science, ça n'apporte pas trop de polémique…
Il y a quand même quelques vidéos avec des "infos à trolls". J'en ai fait une sur le réchauffement climatique et j'ai donc eu plein de climato-sceptiques qui ont débarqué. J'en ai fait une sur le mythe d'Adam et Eve, et là j'ai eu des créationnistes qui sont venus me voir. Quand j'ai parlé de la relativité, il y a eu des antisémites qui ont déboulé pour dire qu'Einstein avait tout piqué à d'autres, mais à part ça…

Comment êtes-vous arrivé à la vulgarisation scientifique ?
En fait, j'ai commencé la vulgarisation par écrit. Quand les vidéos de ce genre ont commencé à décoller en France, j'étais déjà bien installé dans le format blog, ce n'était pas trop compliqué de passer au format vidéo.
Le truc qui m'a un peu poussé, c'est aussi mon travail. Quand on fait de la recherche dans l'industrie, on a régulièrement recours à la vulgarisation. On rencontre souvent des gens qui ne sont pas des scientifiques, contrairement à la recherche universitaire où on communique qu'entre spécialistes du domaine. Je me suis rendu compte assez vite que j'étais bon là-dedans et que j'aimais bien le faire. Donc ça s'est fait assez naturellement. Dès le début, je me suis dit qu'il n'y avait pas de raison que ça ne marche pas. Après, les facteurs de succès, dans mon cas, c'est aussi le fait d'avoir commencé assez tôt. Aujourd'hui, c'est sûr qu'il y a peu un phénomène de saturation… Mais ce n'est pas la télévision, il n'y a pas de notion de programmes limités.
La régularité est importante, mais c'est peut-être un peu usant à la fin ?
Oui, la régularité, c'est important pour trouver un rythme et pour être suivi par les internautes. Ma chance là-dedans, c'est que j'ai un métier à côté, alors ça reste une passion, je le fais quand j'ai envie de le faire, je n'ai pas de contrainte, pas d'impératif de production.
Et dans votre métier, comment est-ce accueilli ?
Je n'en fais pas un mystère… C'est assez connu, mais les gens n'en parlent pas souvent. Certains me demandent pourquoi je fais le guignol sur YouTube, mais ça reste rare… C'est globalement bien perçu.
Combien de temps passez-vous pour créer une vidéo ?
Pour une vidéo de 15-20 minutes, tout compris, recherches, écriture, tournage, montage, je passe une vingtaine d'heures.
Les idées, ça vous vient naturellement ? Comment vous faites ?
L'angle ne vient pas forcément naturellement, j'ai des sujets dans ma liste depuis longtemps, je les prends, je les retourne dans tous les sens… et à force de triturer le truc, à un moment donné, il y a un déclic.
Vous avez un conseil pour ceux qui voudraient se lancer en tant que YouTubeur ?
Avant tout, il faut le faire par plaisir, c'est tout.
