Le prix Première décerné à Mario Alonso
Ce bibliothécaire lillois a été choisi par un jury d'auditeurs de La Première.

- Publié le 17-03-2022 à 13h54
- Mis à jour le 17-03-2022 à 13h56

Dix auditeurs choisis sur lettre de motivation ont attribué ce jeudi le prix Première à Watergang de Mario Alonso (voir Arts Libre du 19/01/22), élu parmi dix titres sélectionnés par des professionnels du livre. Dans le paysage des polders, bien connu des Belges, ce premier roman met en scène un adolescent taiseux et solitaire qui rêve de devenir écrivain. Pour celui qui a choisi d'être bibliothécaire "pour être au plus près des lecteurs" et dont le "plaisir est d'être au milieu d'eux, de partager avec eux", "c'est comme un retour des choses. Ils m'ont élu, ce qui me touche beaucoup plus que si ceci s'était passé autrement".
Quel a été votre point de départ : l'amosphère et les paysages des polders, l'adolescence, une famille éclatée ?
J'anime des ateliers d'écriture dans la bibliothèque où je travaille, et j'avais mis de côté une phrase qui m'intéressait beaucoup, ainsi que le profil d'un garçon, Paul. De plus, habitant à Lille, je vais souvent en Belgique, où je me suis beaucoup promené le long des canaux, entre Bruges et la Hollande : j'avais donc en tête ces paysages qui m'obsédaient, que j'aime beaucoup. Quand est venu le jour où j'ai voulu démarrer quelque chose, cette phrase est venue. C'est d'ailleurs la première phrase du livre : "J'écrirai mon premier roman à treize ans". J'ai tout de suite ancré ce personnage dans ces paysages.
Paul s'identifie aux polders : parce qu'à leur image, l'adolescence est une période où les choses sont mouvantes, changeantes ?
Le paysage et l'adolescence peuvent avoir des accointances, on est entre la terre et la mer, ni l'un ni l'autre, sans savoir où commence l'eau, où se termine la terre. J'ai fait de Paul un personnage charismatique, marqué que j'étais par des souvenirs de films et de lectures où de jeunes personnages cristallisent beaucoup de choses – comme Salinger, l'Arturo Bandini de John Fante, Souvenirs d'un pas grand-chose de Bukowski, Le grand cahier d'Agota Kristof, Ce que Dieu et les anges de Richard Morgiève ou Marin mon cœur d'Eugène Savitzkaya.
Paul a l'ambition de devenir écrivain. En cela, ressemble-t-il à l'adolescent que vous avez été ?
Être écrivain, c'est ce pour quoi j'étais le moins fait, parce que chez moi il n'y avait pas de livres, que je n'aimais pas spécialement l'école, que je ne lisais pas. Avant de vouloir écrire et, éventuellement, devenir écrivain, j'ai souhaité devenir guitariste dans un groupe de rock, être handballeur professionnel, j'ai fait les Beaux-Arts à Roubaix. Tout cela n'a pas forcément marché, mais j'ai vécu de belles expériences, qui m'ont nourri. J'ai pu conjuguer tout ceci pour arriver à ce livre où, finalement, tout converge. Pour moi ce roman est aussi fait d'images et de musiques, c'est un livre plastique.
Vous osez confier le rôle de narrateur aux différents personnages, mais aussi aux lieux, aux choses, jusqu'au roman même. Ce jeu formel s'est-il imposé de lui-même ?
Ce n'était pas planifié. J'ai commencé en faisant confiance à ce qui allait arriver, en attrapant ce qui se présentait. Dès le quatrième chapitre, j'ai remarqué que je faisais parler le polder. Ensuite d'autres éléments non animés ont pris la parole, la fin de chaque chapitre inspirant le début du suivant. Ces voix se sont imposées à moi, m'ont traversé. Sur le moment, cela semblait naturel, c'est par la suite que cela m'a surpris. Je n'avais pas l'impression d'être transgressif. Comme je voulais quelque chose d'un peu merveilleux, ce côté animiste m'a convenu.
Le roman le dit lui-même : "Il ne se passera rien, mais rien ne se passera tout à fait normalement". Ce rien, vous l'assumez ?
Complètement. C'était un défi de se permettre d'écrire un livre en disant qu'on ne sait pas. Les choses arrivent, on ne sait pas toujours pourquoi. Cela n'a l'air de rien, mais dans mon esprit, c'était audacieux de ne pas devoir expliquer les choses. Cette approche un peu décalée participe de mon tempérament. Paul, dans son exubérance, a l'ambition d'écrire un livre dans une forme qu'il n'a jamais eue entre les mains. C'est une forme qui épouse les polders. Une vue aérienne de ces paysages qui paraissent plats révèle qu'ils sont veinés de canaux, de parcelles, formant un vitrail ou une mosaïque. Finalement, l'aspect fragmenté du roman est l'illustration de ce qu'on pourrait voir d'un peu plus haut.
- Mario Alonso | Watergang | Le Tripode | 221 pp., 18 €
Une rencontre avec Mario Alonso aura lieu ce jeudi 17 mars à 19h, à la galerie Bortier, dans le centre de Bruxelles.