Quand la poésie sort du livre pour s'afficher aux fenêtres
Des mots et du lien, c'est ce que propose le poète Maxime Coton avec l'opération "Au dos des nuits". Un réseau poétique auquel prendre part gratuitement.
- Publié le 15-01-2021 à 10h19
- Mis à jour le 10-03-2021 à 16h02

Entrez vos nom et adresse dans le formulaire qui apparaît en page d'accueil de Bruits. Recevez quelques jours plus tard, par la poste, une affiche. Placez-la à la fenêtre : le poème entier côté habitation, le vers extrait du poème côté rue. Laissez la magie opérer à la nuit tombée lorsque, grâce à la couche luminescente ajoutée en sérigraphie, l'affiche s'illumine. Photographiez l'installation, partagez-la sur les réseaux sociaux avec la mention #audosdesnuits.
L'idée est celle d'un poète, Maxime Coton, depuis longtemps soucieux de mixer les médiums. "Le livre permet de s'inscrire dans une temporalité longue, et offre une légitimité à l'écrivain. Mais il isole aussi le poète du reste du monde. La poésie, soutient-il, peut et doit sortir du livre."
Ses initiatives précédentes sont passées, entre autres, par la réalité virtuelle ou la mise en musique. Au dos des nuits s'inscrit dans le contexte singulier actuel. "Comment, alors que les lieux culturels sont fermés, transposer le lien qui s'y noue", résume Maxime Coton, qui se dit "pris de court par l'engouement" que rencontre l'opération. Lancée fin décembre, et en cours jusqu'à fin janvier, cette première phase a déjà enregistré près de 250 inscriptions, dont quelques-unes en France et en Suisse.
Pour produire Au dos des nuits – accessible gratuitement à quiconque en fait la demande –, l'ASBL Bruits (structure de production d'œuvres sans restriction de médium : images, sons, écrits…) a répondu aux appels à projet lancés par la commune d'Anderlecht et son Centre culturel flamand De Rinck. Les affiches existent d'ailleurs dans les deux langues.
Élargir le champ
Pour son concepteur, le processus d'Au dos des nuits tient de la réappropriation. "On est enfermés, on a des fenêtres, ne renonçons pas à faire communauté, à travers cet espace d'inutile, pourtant essentiel, qu'est la poésie."
La poétesse Lisette Lombé soulignait récemment l'essor de cet art pendant la crise actuelle. Sans avoir posé ce constat lui-même, Maxime Coton l'explique. "La poésie, c'est ce qui reste quand tout s'effondre, c'est l'ultime résistance. Parce que la langue est le socle de notre existence. Parce que, aussi, sa pratique ne requiert que peu de moyens, et se passe de lieu", relève-t-il.
"C'est pour la garder vivante qu'on s'émancipe du livre. Sans le renier le moins du monde !" L'opération en cours est du reste "le début d'une expérience plus globale, qui englobera la publication d'un livre". En attendant, Au dos des nuits propose "une poésie moins figée dans la forme, avec aussi l'idée du nomadisme : c'est en nous, c'est partout, c'est nulle part".
Le principe lui-même pourrait être adopté par d'autres, adapté, étendu. "On est en discussion avec la commune d'Uccle, qui organise en mars son Mois de la poésie, et qui pourrait reprendre le concept en l'élargissant, notamment à d'autres poèmes que les miens, en démultipliant les affiches, en allant encore davantage vers le public", se réjouit Maxime Coton.
- Infos & inscription : www.bruitsasbl.be