Maurizio Serra crée un monde où l'amour fou peut aussi se montrer cruel
- Publié le 10-12-2020 à 17h43

Le 9 janvier 2020, Maurizio Serra a été élu membre de l'Académie française, au fauteuil de Simone Veil. Premier Italien à recevoir cet honneur, il est l'auteur d'importantes biographies de l'écrivain triestin Italo Svevo, de l'essayiste et journaliste Malaparte et du poète et romancier D'Annunzio. Il a aussi consacré un essai à trois "frères désunis" par l'idéologie : Drieu la Rochelle, Aragon et Malraux.
Professionnellement, toutefois, Maurizio Serra, né à Londres en 1955, est diplomate. Après des études secondaires en français entamées à Paris, il est sorti diplômé "summa cum laude" de l'université La Sapienza à Rome. Entré dans la Carrière en 1978, il fut notamment en poste à Berlin, à Moscou et à Londres, avant d'être le délégué permanent de l'Italie auprès de l'Unesco et des organisations internationales à Genève.
Amours diplomatiques, son premier roman, se compose de trois récits dans lesquels il donne libre cours à une imagination débordante et des situations surréelles. Dans l'un d'eux, un attaché culturel nippon en poste à Rome en 1940, y tombe follement amoureux de la femme du "Grand Poète" dont il a traduit les vers en japonais. Accrédité avec son ambassade auprès de la République de Salo en 1945, il pourra passer en Suisse d'où il sera rapatrié au Japon, tandis que l'Aimée parviendra à gagner les Etats-Unis. A Tokyo, il se marie, devient père de deux filles, mais reste hanté par son amour romain. Un soir, il croit la voir apparaître lors d'une réception mondaine…
Une inventivité sans limite
L'inventivité de l'écrivain est sans limite, comme aussi son érudition, et son discret humour. Il s'ébroue littéralement dans la création de personnages aux amours torrides, aux rencontres improbables, aux destinées cruelles. Si la plupart évoluent dans le monde diplomatique, ce n'est pas d'abord, me semble-t-il, parce que Serra le connaît bien, mais parce qu'il s'y rencontre des femmes improbables, venues d'Angleterre, d'Italie, du Japon, du Caucase…
Bref, Maurizio Serra n'appartient pas à la pullulante catégorie des romanciers qui décrivent le monde qui les entoure, mais à celle plus rare de ceux qui le rêvent et le créent. Le lire, c'est se laisser entraîner dans un univers où l'invraisemblable se fait soudain évident, où les personnages inventés deviennent des personnes que nous pourrions croiser.
Amours diplomatiques Roman De Maurizio Serra, Grasset, 320 pp. Prix env. 20,90 €, version numérique 14,99 €
