Le cyclisme colombien dans les années 50
Le triple champion dévoile ses secrets est un ouvrage publié en espagnol ( El triple campeón revela sus secretos) en 1982, encore jamais traduit en français. Il regroupe une série d'entretiens réalisés par le jeune journaliste Gabriel García Márquez, 28 ans en 1955, avec Ramón Hoyos, déjà considéré comme une idole nationale du cyclisme colombien.

- Publié le 29-05-2020 à 09h30
- Mis à jour le 29-05-2020 à 09h31

En 1955, Gabriel García Márquez, 28 ans, est envoyé par El Espectador interviewer Ramón Hoyos, déjà considéré comme une idole nationale du cyclisme colombien. D'abord publié en espagnol en 1982, El triple campeón revela sus secretos (Le triple champion dévoile ses secrets) est enfin traduit en français.
Le bandeau de couverture annonce un inédit de Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature en 1982. Serait-ce la suite de ses Mémoires, Vivre pour la raconter (2003), que l'on a si longtemps espérée et que ses héritiers auraient retrouvé dans un tiroir oublié ? Absolument pas. De prime abord, notre enthousiasme est quelque peu refroidi. Le triple champion dévoile ses secrets est un ouvrage publié en espagnol (El triple campeón revela sus secretos) en 1982, encore jamais traduit en français. Il regroupe une série d'articles rédigés par Gabriel García Márquez, 28 ans en 1955, jeune journaliste travaillant pour El Espectador.
Le triple champion ? Un certain Ramón Hoyos, à l'époque vainqueur de trois Tours de Colombie. Ce coureur cycliste, gloire nationale, est un peu le père spirituel des Herrera, Quintana, Bernal qui s'illustrent depuis quelques années en Europe et plus particulièrement au Tour de France auquel Hoyos n'a hélas pas pu participer.
Les premières fois
"Les entretiens ont duré cinq jours à raison de cinq heures par jour […] vingt-neuf tasses de café ont été bues […] pendant cette période où il ne s'entraînait pas, Ramón Hoyos fumait une moyenne de dix-huit cigarettes tous les deux jours". Nous sommes dans les années 50 et le futur champion colombien, originaire de Medellín, qui ne se destinait absolument pas au cyclisme, raconte ses premiers faits d'armes. Toutes ces premières fois qui dessinent l'étoffe d'un héros. Sa première roue (un cerceau), sa première vitesse (dans un chariot grâce auquel il dévale les pentes de Marinilla), la première fois qu'il voit un vélo, la première fois qu'il monte sur un vélo,…
À Gabriel Gárcia Márquez, Ramón Hoyos confesse qu'il n'a pas appris à faire du vélo par passion du cyclisme, mais pour gagner 120 centavos de plus par jour lors de ses livraisons. Le rédacteur, comme GGM se surnomme, met en place et raconte à la première personne (avec déjà un sens de la narration, même si quelque peu scolaire) la trajectoire de celui qui est en train de devenir une idole nationale.
Surnommé "le scarabée" pour sa façon de pédaler, courbé, les jambes écartées, sans aucun style, sans aucune technique, Ramón Hoyos a commencé à courir avec des chaussures de football, sur une selle en fer !
Écrits il y a plus de 60 ans, ces articles de GGM nous livrent une photographie d'une époque révolue, celle où un quidam, à force de volonté et de sacrifices, pouvait devenir champion, acclamé par les paysans de sa région (Antioquia), détesté par Bogotá où lors de son entrée, il était obligé d'être escorté par quatre motards, revolver à la main.
Un livre pour les fans de cyclisme, qui voient l'édition 2020 du Tour de France postposée, mais aussi pour tous les curieux avides d'exotisme et de voyages car les pages regorgent de savoureuses anecdotes et péripéties d'un autre monde.
- Le triple champion dévoile ses secrets | Gabriel García Márquez, traduit de l'espagnol (Colombie) par Marion Bouvier et Pierre Boisson | So Lonely, 175 pp., env. 17,90 €

EXTRAIT
"J'ai commencé la course avec le moral au plus bas. J'étais persuadé que, à part la Colombie, ne participeraient que le Venezuela, Saint-Domingue et le Mexique, mais, en arrivant à Porto Rico, une surprise nous attendait : ils avaient accepté une équipe belge. Je me suis souvenu de la compétition en France. Je me suis dit que les routes de Porto Rico étaient comme celles d'Europe, et que c'était un élément qui jouerait en faveur des Belges. Par ailleurs, je n'étais pas encore très sûr de mes mains, puisque je me les étais fracturées quelques mois auparavant, lors de l'accident dont j'ai parlé plus tôt. Mais j'ai pris ma revanche de Mexico: j'ai battu Arsenio Chirinos."