Foire du Livre 2019 : Pleins feux sur les lettres de Flandre

- Publié le 14-01-2019 à 18h54
- Mis à jour le 14-01-2019 à 19h13

La 50e Foire du livre de Bruxelles entend créer des liens entre le nord et le sud de la Belgique en accueillant soixante auteurs flamands pour plus de quarante rendez-vous avec eux. Découvertes en vue.
Après le génial Hugo Claus, d'autres écrivains flamands se sont imposés aussi du côté francophone comme Tom Lanoye, Stephane Hertmans, Erwin Mortier, Dimitri Verhulst, David Van Reybrouck, Lize Spit l'an dernier et, cette année, les francophones peuvent découvrir le très grand roman de Jeroen Olyslaegers, Trouble (Stock).
Quelle est la spécificité et la force de cette littérature ? Pour Tom Lanoye, elle est d'abord le fruit d'une "culture jeune, sans vraies traditions, sur un territoire étroit, entourée de grandes cultures qui agissent parfois comme des carcans". Cela l'a forcée à innover et à s'exporter très vite. On l'a vu, dit-il, en danse, en théâtre, en art aussi avec Tuymans, Delvoye, Borremans. "C'est maintenant le tour de la littérature."
Cette jeune société flamande, "juste pubère", a entraîné, dit-il, deux effets opposés. D'un côté, une recherche d'identité par l'exclusion des autres et ce fut le succès du Vlaams Blok à Anvers, prélude aux vagues d'extrême droite ailleurs en Europe. D'autre part, la recherche d'une identité par la création artistique.
Il voit aussi l'influence de la coupure politico-religieuse entre les Pays-Bas et la Flandre. "La Flandre a une littérature catholique sans Dieu, si ce n'est Hugo Claus (!), alors que les Pays-Bas ont une littérature protestante sans Dieu, plus analytique, qui répugne à l'ornement qui est, pour eux, un péché. En réalité, à part la communauté de langue qui existe entre la Flandre et les Pays-Bas, il y a plus de différence entre les littératures flamande et néerlandaise qu'entre celles de Flandre et de Wallonie."
Un paysage plus diversifié
Philippe Noble est traducteur du néerlandais vers le français et directeur de collection chez Actes Sud. Il n'évoque pas une "vague flamande" en littérature mais bien "une plus grande réceptivité du monde francophone aux littératures é trang ères, un mouvement qui a commencé il y a bien longtemps (vers 1975-1980), et qui, du c ôt é n éerlandophone, a d'abord surtout profité aux auteurs hollandais – Hella Haasse, Harry Mulisch, Cees Nooteboom, Anna Enquist, Arnon Grunberg et beaucoup d'autres. Depuis quelques années, on assiste à une sorte de rattrapage qui profite aux auteurs flamands". "Longtemps, en effet, il n'y a eu que Hugo Claus et (un peu) Tom Lanoye. La gé n ération de Claus, Mulisch, etc. a disparu, et on découvre aujourd'hui un paysage plus diversifié, qui n'est plus dominé par un ou deux grands auteurs."
Mais il y a aussi un effet de trompe-l'œil, ajoute-t-il : Lieve Joris est traduite en français depuis 30 ans ; Stefan Hertmans était traduit également, mais il a fallu attendre Guerre et té r é benthine pour qu'il atteigne à la notoriété. Mais après eux, il y a toute une génération plus jeune, qui se fait connaître depuis les années 2000 : Stefan Brijs, Peter Terrin, Annelies Verbeke, Jeroen Olyslaegers, Margot Vanderstraeten. Et puis il y a de véritables phénomènes d'édition comme Griet Op de Beeck, David Van Reybrouck ou Lize Spit, "qui ne sont pas forcément lié s à leur appartenance à la Flandre : Op de Beeck s'adresse aux femmes d'une certaine gé n ération (entre 30 et 50 ?), Van Reybrouck est un penseur politique de niveau européen, Lize Spit s'apparente à une nouvelle forme de réalisme pur et dur que les Fran ç ais ont découverte avec Virginie Despentes, par exemple."
De jeunes écrivaines
Sigrid Bousset était directrice générale de Passa Porta à Bruxelles jusqu'en 2014, elle dirige la Maison Teerlinck à Beersel, organise des événements littéraires à Flagey et siège dans le jury du prix Libris, le Goncourt néerlandophone.
"Jusqu'il y a dix ans, on ne connaissait à l'étranger que les grands anciens comme Claus et surtout les Néerlandais Nooteboom, Mulisch, Enqvist, puis est venue la génération qui s'impose aujourd'hui dans le monde francophone de Tom Lanoye et Stefan Hertmans à David Van Reybrouck. Mais je vois une génération plus jeune qui émerge. Ce sont avant tout des écrivaines venues de Flandre et non plus des Pays-Bas." Après Saskia De Coster, 43 ans, Griet Op De Beeck, 45 ans, arrivent Lize Spit, 31 ans, Maud Vanhauwaert, 34 ans, poète de la ville à Anvers, Charlotte Van den Broeck, 27 ans, et Annelies Verbeke, 42 ans.
L'originalité fait leur succès
"C'est le reflet d'une féminisation de la culture y compris chez les éditeurs et dans les jurys. Ces écrivains parlent de leurs expériences de vie et d'une certaine histoire belge, en arrivant à les dépasser pour les rendre universelles."
La langue était encore un obstacle il y a quinze ans, continue Sigrid Bousset, car les romans flamands sont plus expérimentaux, plus audacieux, plus difficiles à traduire que les romans néerlandais. Mais cet handicap est dépassé et, c'est au contraire, l'originalité d'écriture des romans flamands qui fait leur succès.
Elle perçoit des parallèles entre les littératures flamande et francophone de Belgique qui, toutes deux, évoquent "ce drôle de pays, un peu incompréhensible, en recherche d'identité". "Il y a plus d'audace quand on est hors du centre d'une langue comme Amsterdam ou Paris."
Un élément matériel qui a joué est l'appui aux éditeurs qui veulent traduire les textes d'auteurs flamands. Pour chaque éditeur, deux traductions par an sont subsidiées à 60 %.