Les pépés traficoteurs
Pour la première fois, Juan Diaz Canales dessine son récit. Un coup de maître.
- Publié le 29-08-2016 à 12h25

Pour la première fois, Juan Diaz Canales dessine son récit. Un coup de maître."Un beau jour, tu te rends compte que la réalité a gagné la partie". Les pensées de Niceto se teintent de plus en plus souvent de gris. A quatre-vingt-trois ans, il a vécu bien des choses. Et pas seulement des marrantes. La guerre d'Espagne, la lutte contre le fascisme ont été ses combats. Il en a conservé une solide amitié avec les autres vieillards aux côtés desquels il a pris tous les risques au siècle passé. Le goût de la clandestinité aussi, de la discrétion, de l'illégalité quand il le faut. Oh, il ne fait rien de bien grave. Il traficote des objets volés. Un petit réseau sans envergure où ses vieux amis et lui trouvent de quoi jouer aux cartes dans le café du fils d'un des leurs. Rien de bien grave. Jusqu'à ce que…
Jusqu'à ce que l'on retrouve l'un d'eux mort d'un violent coup à l'arrière de la nuque. Puis un autre. Puis un troisième. Qui donc s'attaque à la bande de pépés traficoteurs ? D'autant qu'ils sont loin, très loin, de vivre dans l'opulence. C'est plutôt à l'autre extrême du confort matériel et social qu'ils campent. Sans s'en plaindre, n'acceptant pas l'aide dont ils pourraient bénéficier s'ils remisaient leur fierté au second plan, préférant rester le plus invisibles possible.
Quand la police tente d'établir le lien entre ces morts suspectes, Niceto a disparu. Il a quitté l'appartement de son petit-fils où il s'est senti déranger dès son arrivée, quelques jours plus tôt.
Juan Diaz Canales, le scénariste qui donna vie à Blacksad (dessiné par Guarnido) et ressuscita Corto Maltese (en compagnie de Ruben Pellejero), livre ici une réflexion à la fois personnelle et profonde sur la vieillesse. Ou plutôt sur le regard que la vieillesse amène à porter sur la vie. Celle qui s'est déjà écoulée et celle qui se profile encore. Endossant pour la première fois le costume d'auteur unique (ce qui est plutôt rare concernant un scénariste), Canales opte pour le noir et blanc dans lequel se glisse si aisément le polar dont il est familier. Eclairé de son regard sur les crises traversant la société espagnole actuelle et de réflexions sur la vie, "Au fil de l'eau" se présente comme une enquête au cours de laquelle chaque indice récolté en dit autant que l'énigme une fois résolue. Un récit qui, comme l'eau, pourrait ne jamais disparaître.
Au fil de l'eau Juan Diaz Canales rue de Sèvres 108p.; env. 17 €