Dans les coulisses du nouveau "Wallace & Gromit" : les secrets de fabrication du nain droïde
C'est à Bristol que les studios Aardman sont installés depuis les débuts de l'aventure "Wallace et Gromit". Une ville réputée pour sa pâte à modeler et ses (apprentis) animateurs venus du monde entier. Balade dans les coulisses du nouveau film de Nick Park.

- Publié le 03-01-2025 à 06h35
- Mis à jour le 10-01-2025 à 14h52

"J'avais, dans un coin de ma tête, depuis plus d'une décennie, l'idée de ces nains de jardin devenant maléfiques. Mais je n'avais pas encore trouvé la raison de leur dérapage." Une autre pensée récurrente du créateur portait sur les retrouvailles du célèbre duo avec son ennemi le plus redoutable. Trente ans après leur premier face-à-face dans The Wrong Trousers, Nick Park, sur la demande insistante de son public, a donc orchestré une nouvelle rencontre entre Wallace, Gromit et l'affreux Pingouin Feathers McGraw, à l'origine d'un nouveau plan machiavélique.
Cette nouvelle aventure accrédite la thèse selon laquelle le danger est souvent beaucoup plus sournois et proche qu'on ne le croit… On ne se méfie jamais assez de la physionomie rondouillarde et de l'air enjoué des nains de jardin. La vengeance des gnomes prouve que leur force de frappe est souvent sous-estimée et, en tout cas, bien plus inattendue qu'on le pense.

L'ombre menaçante de l'intelligence artificielle
Une histoire entre fable et enquête, "inspirée de nos craintes vis-à-vis d'une technologie galopante et envahissante, risquant de déshumaniser toujours plus nos relations, mais aussi de prendre le contrôle de notre quotidien." Ce nouveau long métrage est le fruit du travail d'un autre duo : Merlin Crossingham partage en effet la responsabilité de la réalisation de ce nouveau film avec son mentor, Nick Park.
Pour concevoir cette nouvelle aventure XXL, coproduite par Netflix et la BBC, les studios Aardman ont mobilisé leurs troupes en nombre. Il faut dire que depuis leur installation à Bristol, à près de 200 km à l'ouest de Londres, ils ont pu attirer des animateurs passionnés venus de l'Europe entière pour se former au sein de la Aardman Academy.

Bienvenue à la Aardman Academy
Une fois passé le petit hall d'accueil, on accède à une véritable caverne d'Ali Baba qui aurait pris la forme d'un foisonnant labyrinthe. Derrière de grandes tentures, au fil des couloirs qui zigzaguent, se cachent les dizaines d'unités parallèles au sein desquelles se fabriquent les différentes scènes du prochain Wallace et Gromit.
L'animation est un travail de précision et de patience mais aussi très solitaire lorsqu'il s'agit d'animer image par image les mouvements de tête et de la bouche de Wallace. "Ce qui compte, c'est l'attention accordée aux expressions et aux émotions" expliquent les animateurs. Ce qui fait que Wallace et Gromit sont uniques.
La force de cet univers, ce sont aussi les petites blagues et références pop à découvrir sur chaque image, comme dans les albums d'Astérix et Obélix. "Le plus difficile : faire en sorte que la blague qui vous faisait rire il y a quatre ans, vous fasse toujours rire et plaise au public", souligne Nick Park. Visiblement, c'est toujours le cas. En 2008, Wallace et Gromit, un sacré pétrin a été le film le plus vu sur la BBC avec 25 millions de téléspectateurs.

Un visage facétieux fait son entrée dans la pièce. Nick Park porte dans sa main droite un mug fumant modelé d'après la tête du célèbre chien. Discret et presque effacé, le réalisateur ne s'anime que lorsqu'il parle de ses personnages, devenus des membres de sa famille à part entière depuis plus de 30 ans. C'est à ce moment-là qu'on réalise que ses cheveux ne sont plus blonds mais blancs. Pourtant, c'est toujours la même passion qui illumine ses yeux et son visage. S'il semble soigner avec beaucoup de talent son âme d'enfant, il avoue également être toujours très vigilant vis-à-vis des nouveautés.
Silence et concentration pour apprentis façonneurs
Une attention qui se traduit dans la formation maison destinée aux nouveaux animateurs. La première étape consistera à tenter de reproduire la tête et le corps de Gromit de la façon la plus conforme possible. Un petit exercice auquel notre duo de journalistes se plie avec application et plaisir, en suivant à la lettre les instructions données par notre formateur du jour.
Ce ne sont pas ces versions inanimées 100 % pâte à modeler qui interviennent dans le film, mais bien celles en silicone contenant une armature métallique en guise de squelette. Cela permet de manipuler jambes et bras afin de mettre leurs corps en mouvement (marche, course, position assise, debout,…) mais aussi de bouger leurs yeux et leurs bouches afin de coller au mieux aux dialogues et aux émotions suscitées par l'histoire. Chaque petit studio est doté de miroirs placés à différents endroits afin de capturer et vérifier les expressions faciales des personnages en cours de tournage. Avec la volonté de coller le plus possible à la réalité.
Un millier de bouches et mains à animer

Afin de rendre le modelage plus rapide et moins fastidieux, Wallace et Gromit existent en de très nombreux exemplaires et différentes positions sont envisagées, selon les nécessités du scénario. Reste alors à façonner les yeux, les sourires et les mains pour obtenir les expressions et mouvements souhaités. Si le duo possède le plus grand nombre d'avatars, il existe aussi près de 60 versions de Norbot, de quoi animer un grand nombre de scènes en parallèle.
Outre la patience et la précision, la clé d'un tournage d'une telle ampleur est en effet l'organisation d'un tableau de production très précis avec de nombreuses séquences, découpées en multiples scènes, tournées en parallèle par des équipes d'animateurs aguerris répartis dans différents studios. Trente animateurs différents, en l'occurrence, et 40 unités de tournage renfermant autant de décors. En passant d'un espace à un autre, on est forcément ébahis de découvrir la minutie et l'ingéniosité glissées dans les moindres détails du film, du département artistique à la photographie.

Au fil des espaces traversés, les différents décors donnent un aperçu de l'ampleur de l'histoire à venir, mais pas forcément dans l'ordre où on la découvrira sur écran : jardin, voie ferrée, péniche, maison de Wallace et Gromit, la grotte secrète des gnomes, inspirée par l'univers du Seigneur des anneaux, etc. Un parcours commenté à chaque étape par des créateurs visiblement ravis de partager leur passion avec les visiteurs du jour. À les voir déplacer les personnages millimètre par millimètre face à la caméra pour créer, à la fin de la semaine, une scène de quelques secondes à peine, on comprend à quel point le calme et la concentration sont des vertus cardinales dans ce métier unique.
Avec 220 personnes mobilisées (caméras, décors, peintres, accessoiristes,…), on reste abasourdis devant l'efficacité et l'organisation millimétrée de cette fabrique de rêves animés à l'image de la journée inoubliable que l'on vient de passer dans le petit monde de Wallace et Gromit. En demeure un souvenir tangible : la jolie petite tête de Gromit, façonnée au sein même des studios Aardman.