Drame au fond de "La Piscine" pour le couple incandescent Alain Delon – Romy Schneider
Le classique de Jacques Deray, illuminé par la sensualité de Romy Schneider et d'Alain Delon, ressort en version restaurée 4K. Plongez-y sans hésiter.

- Publié le 31-07-2024 à 13h03
- Mis à jour le 31-07-2024 à 13h07

Le générique ondoyant nous entraîne d'emblée dans un autre monde, une autre temporalité. Celle de l'été, des vacances, du farniente. Les images de ces deux jeunes gens, amoureux et complices, musardant au bord de la piscine font toujours rêver, 55 ans plus tard…
Dans le film de Jacques Deray, Delon et Schneider apparaissent au sommet de leur séduction, rayonnant sous un soleil vengeur. À la fois polar en eaux troubles et thriller psychologique, la piscine bleue, et sa complice la Maserati rouge, ouvrent les portes d'un drame de l'oisiveté et de la jalousie croissante tandis que chaque protagoniste tente de n'en rien laisser paraître à coups de silences assassins et de regards en biais.

Drame de peu de mots autour d'un couple jeune, libre et en apparence heureux (Marianne et Jean-Paul), la piscine se joue des reflets et des images en miroir pour mieux dire les orages qui surplombent les jeunes amants. La menace vient de l'extérieur, forcément. Et s'incarne dans ce couple père-fille – Maurice Ronet et la débutante Jane Birkin – bizarrement assorti. Le premier, Harry, est l'ancien amant de Marianne et ex-meilleur ami de Jean-Paul. La seconde, Penelope, est sa fille de 18 ans, découverte récemment.
Scruté par la presse, avide des retrouvailles de ceux qu'elle avait surnommés les fiancés de l'Europe, le tournage s'effectue dans l'ordre chronologique ce qui permet à l'été de triompher à l'image avant de se retirer sur la pointe des pieds comme un amant trop vite lassé. Ou comme ce couple, gagné peu à peu par l'amertume et le sentiment d'humiliation. Un scénario à l'étrange résonance, dix ans après la première rencontre entre Alain et Romy.
Avec ce drame qui joue sur toute la gamme de leur sensualité triomphante, Romy Schneider cherche à définitivement briser l'image de l'éternelle Sissi tandis qu'Alain Delon laisse poindre son caractère ombrageux et explosif.
Jeu sur l'ambiguïté et le trouble, le film a des allures d'enquête d'Agatha Christie, sur une musique de Michel Legrand, avec cette bourgeoisie au comportement pas si recommandable et aux secrets inavouables. Il marque aussi la première collaboration entre Jacques Deray et le scénariste Jean-Claude Carrière, tout en permettant à Romy d'être repérée par Claude Sautet, offrant à sa carrière un virage définitif et salutaire.