"To the Moon" : Scarlett Johansson et Channing Tatum doivent-ils viser la Lune à n'importe quel prix ?
Sur fond de conquête spatiale, cette élégante dramédie, signée Greg Berlanti, ravive le suspense, explore les dessous de la publicité et se joue des "pieux mensonges" tentant de se frayer un chemin vers la vérité.

- Publié le 10-07-2024 à 10h30
- Mis à jour le 12-07-2024 à 11h54

Rien ni personne ne résiste jamais à Kelly Jones (Scarlett Johansson). C'est ce que va découvrir le très rigide et très sérieux directeur de la mission Apollo 11, Cole Davis (Channing Tatum). Lorsqu'il se voit imposer la présence de cette nouvelle recrue venue de New York, Davis s'empresse de l'installer dans un recoin de sa base. Et ne fait aucun mystère de son objectif : empêcher la jeune femme de trop interférer dans son précieux programme spatial. Mais c'est sans compter l'opiniâtreté de Kelly qui n'est jamais à court d'idées et sait user de son charme pour obtenir ce qu'elle convoite.

Chargée de redorer le blason de la Nasa, pour assurer les futurs financements de la conquête spatiale, cette spécialiste en marketing compte bien déployer tous ses talents au service de sa mission, se révélant aussi intuitive que fine négociatrice. Devenant ainsi un atout redoutable dans la bataille qui oppose les Américains et les Russes sur fond de conquête des étoiles. Et tant pis, si la vérité doit parfois en pâtir…
Le film séduit par son art du rebondissement, sa façon ludique de dévoiler les dessous frauduleux et les mensonges "pieux" du secteur de la publicité, jolie métaphore du fameux rêve américain. Il brille aussi par sa mise en avant d'une femme de tête qui a fait de la persuasion un art de guerrière, convaincue que même les plus grands accomplissements de l'humanité méritent d'être présentés sous leur meilleur jour si l'on souhaite qu'ils soient reconnus par le grand public. Là où le directeur Cole Davis reste persuadé que seuls comptent le mérite et l'objectif que l'on poursuit.
Au cœur de cette guerre des images, que se livrent civils et militaires, Russes et Américains, la scénariste Rose Gilroy se joue habilement de la légende urbaine ayant longtemps circulé au sujet du faux tournage organisé par la Nasa, afin de vanter la parfaite réussite de son voyage sur la Lune. Une controverse, nourrie par les complotistes de tous poils et les détracteurs des États-Unis, qui souligne l'importance de la vérité et de la foi en nos capacités à nous dépasser. Car à force de vouloir "embellir" la réalité, on affaiblit l'impact de la vérité nue…
Mêlant le vrai, le faux, la suggestion et le simulacre, Greg Berlanti (Love, Simon) réalise un film qui soigne ses personnages secondaires pour offrir davantage d'épaisseur à cette dramédie pleine de résonances et de clins d'œil contemporains, alors que les fake news circulent de plus en plus. Son complice, le directeur de la photographie Dariusz Wolski, peaufine des images léchées et une reconstitution calibrée à la manière de Mad Men. Tandis que Woody Harrelson (White House plumbers) est parfait en commanditaire sans scrupule, secrète éminence du gouvernement Nixon (Moe Burkus), uniquement intéressé par le rayonnement et l'image à l'international de l'Oncle Sam. Quitte, pour cela, à travestir le réel. A ses yeux, la Lune, le vaut bien...
To the Moon Pôles contraires De Greg Berlanti Scénario Rose Gilroy Avec Scarlett Johansson, Channing Tatum, Woody Harrelson, Anna Garcia… Durée 2h12