La vie en animation et en sons de Joanna Quinn et Romain Renard

Tout le sel du festival Anima réside dans les rencontres et coups d'œil glissés en coulisses que l'on soit futur animateur ou simple spectateur. La preuve par Beryl et Melvile.

Joanna Quinn a créé le personnage de Beryl qui la suit de film en film pour mieux dynamiter la vie comme elle l'imagine.
Joanna Quinn a créé le personnage de Beryl qui la suit de film en film pour mieux dynamiter la vie comme elle l'imagine.

Mercredi 13h30. Sur la scène du Studio 1 de Flagey, Joanna Quinn s'anime, dessine, commente. Généreuse, expressive et volubile, la réalisatrice s'inquiète du temps qui file alors qu'elle voudrait encore dire et montrer tant de choses lors de cette masterclass exceptionnelle organisée par le Festival Anima.

Son trait de crayon, reconnaissable entre mille, lui vaut l'admiration de nombreux dessinateurs et animateurs, débutants ou confirmés. Avec son personnage de Beryl, une femme "voluptueuse, de la classe moyenne, dans la quarantaine", aussi frondeuse que décomplexée, Joanna Quinn a exploré de nombreux univers. On peut même dire qu'elle les a soigneusement dynamités à grands coups d'humour irrévérencieux et politiquement incorrect. Beryl est en effet passée maîtresse dans l'art de la transgression et de l'autodérision, dont le ton est donné dès les courts métrages Girls Night Out, en 1987 et Body Beautiful, en 1990.

En plaçant son personnage fétiche dans une famille aux prises avec des obsessions multiples et face à la question de l'ambition, son dernier film Affairs of the Art (L'Art dans le sang, en VF) en dit long sur son sens aigu de l'observation et son goût pour le non-sense mijoté à la sauce galloise. Un récit clairement influencé par son parcours de "dessinatrice obsessionnelle" devenue une animatrice et réalisatrice reconnue.

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Depuis ses débuts, Joanna Quinn n'a jamais cessé de crayonner ni d'animer le papier, une technique "traditionnelle" qu'elle combine avec la colorisation sur ordinateur. Face aux nombreux étudiants présents, la créatrice a souligné la liberté offerte par la réalisation de courts films d'animation publicitaires en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Les gains générés lui permettant de financer ses projets plus personnels tout en continuant à développer son trait et sa créativité. Influencée tant par Toulouse Lautrec que par Tex Avery ou les Impressionnistes, elle a donné naissance à une galerie de personnages où dominent l'exubérance et la liberté des corps. Sa passion pour le langage corporel rejoint le goût de son partenaire, Les Mills, scénariste de tous ses films, pour les sons, réactions et "phrases bizarres issues du réel". Un joyeux vivier animé salué par deux Emmy Awards, quatre Bafta, trois nominations aux Oscars et plus d'une centaine d'autres récompenses à travers le monde.

Dans l'ombre de Melvile

Tout aussi passionnante était la plongée proposée, ce vendredi, par le Festival dans les coulisses de projets encore frémissants ou balbutiants. À l'exemple de Melvile, adaptation de la série de romans graphiques du même nom créés par Romain Renard.

"Melvile" l'univers de Romain Renard passe de la BD à l'aventure animée.
"Melvile" l'univers de Romain Renard passe de la BD à l'aventure animée.

Pour animer cette quête au sein d'un territoire hanté par l'histoire de ses habitants et par la brume, parcouru par les sons de Lynch, Carpenter et Roy Orbison, Romain Renard s'est adjoint le talent de Fursy Teyssier, également auteur-compositeur et musicien. La rencontre de ces deux talents protéiformes qui transcendent les catégories provoque forcément des étincelles.

On a ainsi pu découvrir le trailer du film à venir, premier prolongement aux quatre tomes déjà publiés aux éditions du Lombard. Et, pour les plus enthousiastes, l'aventure s'est prolongée sans surprise à travers le Ciné-concert, baptisé Nouvelles chroniques de Melvile, proposé à 19h30 dans le même Studio 1. Romain Renard, en charge du chant, de la programmation et des guitares, y servait de guide au public. De quoi bousculer les idées et réveiller les envies des étudiants et futurs créateurs présents dans la salle. Un peu dans le même esprit que le fameux Drink&Drawe, proposé jeudi soir de 19 à 22h au Foyer. De quoi tester la réalisation de courtes animations analogiques en GIF à partager avec ses proches… Décidément, la vie est bien plus fun lorsque la ville s'anime…

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