Malgré MeToo, le cinéma reste empreint d'une "forme distinguée de masculinisme", selon une experte

Le procès de Gérard Depardieu pour agressions sexuelles, qui s'ouvre lundi, marque une "étape" mais le cinéma français reste traversé par une "forme distinguée de masculinisme" qui freine le changement, estime Geneviève Sellier, professeure émérite en études cinématographiques à l'Université Bordeaux Montaigne.

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Salle de cinéma. Image d'illustration ©photo d’illustration

Selon cette spécialiste des approches genrées dans la fiction audiovisuelle, les changements sont également freinés par le fait que le cinéma en France est "considéré comme un art" sans contre-pouvoirs et pas "comme une industrie" qu'on peut réguler.

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Le procès de Gérard Depardieu lundi pour agressions sexuelles marque-t-il un tournant dans le mouvement MeToo lancé en 2019 dans le cinéma français par la comédienne Adèle Haenel?

Ça dépend complètement du jugement qui en sortira. Pour l'instant, il y a eu une étape qui a été franchie puisque la plainte a été instruite, un procès a lieu, alors que, jusque-là, la plupart des plaintes débouchaient sur des non-lieux.

Donc, là, ce qu'on remarque, c'est un changement d'attitude de certains fonctionnaires de police et certains magistrats et c'est ce qu'on voit à l'oeuvre avec la récente condamnation de Nicolas Bedos (pour agressions sexuelles, NDLR). Mais est-ce que c'est l'arbre qui cache la forêt? Autrement dit, est-ce que la police et la justice vont vraiment se donner les moyens de prendre au sérieux la question des violences sexistes et sexuelles dans le cinéma ?

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Quels sont les autres freins au changement en France?

Dans le monde du cinéma, la jeune génération est demandeuse de changements et a tout à fait pris conscience de ces questions. Mais elle n'a pas le pouvoir.

Au niveau des institutions, ça bouge très peu. Les mêmes personnes restent en place, sans contre-pouvoir, que ce soit au Festival de Cannes, à la Cinémathèque française, au CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée, NDLR)... Un même système d'entre-soi qui reste traversé par une forme distinguée de masculinisme.

Il y a des initiatives très intéressantes comme le collectif 50-50 (qui lutte pour la parité dans le cinéma, NDLR) mais leur capacité d'action reste limitée par le fait que le cinéma est considéré en France comme un art et pas comme une industrie qu'on pourrait réguler.

On reste avec cette idée que le talent est d'abord masculin et qu'on n'interroge pas le talent, on le sert.

Pensez-vous que le mouvement MeToo cinéma puisse infuser ailleurs dans la société ?

Oui, bien entendu. Du fait que les films produisent des représentations largement diffusées, c'est évident que ce qui se passe dans le cinéma a une dimension d'exemplarité. Il y a d'ailleurs des MeToo dans tous les milieux professionnels maintenant et, sur le cinéma, la commission d'enquête parlementaire sur les violences sexuelles (lancées après les accusations portées par Judith Godrèche et dont les travaux ont repris récemment, NDLR) a montré que le législateur pouvait s'emparer de cette problématique avec l'idée de faire évoluer la loi et faire reculer l'impunité.

MeToo cinéma a changé beaucoup de choses, on ne peut pas sous-estimer cette révolution mais il faut rester lucide sur les freins qui sont encore là.

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