"Love Life": triangle amoureux endeuillé à Venise
Ce lundi soir, le Japonais Kōji Fukada entrait en Compétition à Venise avec un film sensible, mais mineur, qui explore la douleur d'un couple endeuillé.
- Publié le 05-09-2022 à 21h50
- Mis à jour le 05-09-2022 à 21h51

Alors que le cinéma nippon connaît un retour en grâce depuis la révélation de Drive My Car de Ryusuke Hamaguchi à Cannes en 2021 — il suffit de voir l'été nippon auquel on a eu droit, avec notamment la sortie d'Aristocrats de Yukiko Sode, d'Asako I & II d'Hamaguchi ou la ressortie du Voyage à Tokyo d'Ozu et de Nobody Knows de Kore-eda — , on attendait beaucoup de Love Life de Koji Fukada, présenté ce lundi soir en Compétition de la 79e Mostra de Venise.
Dans une petite ville du sud du Japon, Taeko (Fumino Kimura) et Jiro (Kento Nagayama) forment un couple heureux, même si les beaux-parents de la jeune femme ne voient pas leur mariage d'un très bon oeil. C'est que Taeko a déjà été mariée et est la mère d'un petit garçon de 6 ans, Kaeta, passionné par le jeu Othello. Aujourd'hui, on célèbre les 65 ans du beau-père. Après quelques verres de saké et autour du karaoké, les tensions commencent doucement à s'apaiser. Mais une chute mortelle de l'enfant dans la salle de bain bouleverse la famille. Surtout après la réapparition, Park (Atom Sunada), l'ex-mari coréen sourd-muet de Taeko…

Drame intime
Avec Katsuya Tomita et Ryusuke Hamaguchi, Kōji Fukada fait partie de la génération montante des cinéastes japonais. Révélé par Harmonium, prix du jury Un Certain regard à Cannes en 2016, le réalisateur de 42 ans est un chroniqueur élégant de la société et de la famille japonaises. Après un thriller en demi-teintes sur fond de secret de famille et de réseaux sociaux dans L'Infirmière en 2019 et une série télé (The Real Thing), on le retrouve sur le Lido avec un drame intime, qui se tient à distance du mélo. Non pas tant par la douleur des personnages, que par la légèreté que tente de conserver Fukada à sa mise en scène.
Ce qu'explore le cinéaste dans Love Life, c'est le bouleversement provoqué par un événement inattendu et impensable, la perte d'un enfant, et la culpabilité qui l'accompagne. Un tremblement de terre émotionnel qui pousse les personnages à revoir toutes les relations. Construit comme un triangle amoureux endeuillé, le film explore de nombreux thèmes, comme celui de la bien-séance japonaise, du mensonge, de l'incommunicabilité ou de l'amour jamais vraiment éteint…
Malgré quelques scènes vraiment poignantes parfaitement observées, Love Life ne parvient malheureusement pas à s'abstraire d'une certaine forme d'artificialité dans la construction de son scénario, tandis que, s'étirant sur plus de deux heures, le drame paraît un peu dilué…
Love Life Drame Scénario et réalisation Kōji Fukada Photographie Hideo Yamamoto Musique Olivier Goinard Montage Sylvie Lager Avec Fumino Kimura, Kento Nagayama, Atom Sunada… Durée 2h03
