Le défi des nouveaux cinéastes palestiniens
Grâce à des précurseurs comme Elia Suleiman (qui avait décroché le prix du jury à Cannes pour "Intervention divine" en 2002) ou Michel Khleifi (dont "Noce à Galilée" fut, en 1987, la première fiction tournée en Palestine), le cinéma palestinien existe désormais sur la carte des festivals internationaux.
- Publié le 31-05-2018 à 13h08
- Mis à jour le 31-05-2018 à 14h30

Grâce à des précurseurs comme Elia Suleiman (qui avait décroché le prix du jury à Cannes pour "Intervention divine" en 2002) ou Michel Khleifi (dont "Noce à Galilée" fut, en 1987, la première fiction tournée en Palestine), le cinéma palestinien existe désormais sur la carte des festivals internationaux.
A 31 ans, Muayad Alayan appartient, lui, à la seconde génération de cinéastes palestiniens. "Le cinéma a toujours été important dans la lutte palestinienne. La première génération de réalisateurs a fait un boulot incroyable en documentant l'histoire, en se battant pour la reconnaissance de notre identité et de notre culture. Ils nous ont montré le chemin. Aujourd'hui, le combat est différent. C'est important d'avoir le point de vue palestinien sur ce conflit, de montrer les crimes de l'Occupation, mais je pense que, sur ce point, avec les réseaux sociaux notamment, les choses vont mieux, qu'on arrive à se faire entendre. Par contre, pour ce qui est du cinéma, de la musique, de l'art, il y a beaucoup de résistance pour que l'on puisse continuer à créer, à changer la réalité de la production, de la distribution. C'est cette bataille que doit mener ma génération", nous expliquait le jeune cinéaste il y a quelques jours à Paris, où il faisait l'ouverture du Festival CinéPalestine avec son second long "The Reports on Sarah and Saleem" (*).
Son premier film en 2015, "Amour, larcins et autres complications", Alayan avait réussi à le financer uniquement en Palestine, grâce à l'aide de sa famille et de ses proches. "The Reports" est, lui, une coproduction avec l'Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Mexique. "Faire des films en Palestine n'est pas simple, mais pas seulement à cause du financement. Cela reste évidemment un problème, car on n'a pas de fonds ni publics ni privés. On n'a pas la culture d'investir dans le cinéma, même si cela commence à changer. Mais c'est chaque étape de la production qui est difficile", estime le jeune homme, cofondateur de PalCine, société de production basée à Jérusalem et Bethléem, et pour qui il était inenvisageable, pour des raisons politiques, de demander une aide à la production du côté de l'Israel Film Fund.
Un tournage kafkaïen
Réaliser "The Reports" fut une épreuve. Le film a été tourné à Bethléem, en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à Jérusalem-Ouest. Autant de territoires nécessitant des autorisations différentes. Un vrai casse-tête quand on a dans son équipe des Palestiniens d'Israël, de Cisjordanie, du Liban, de Jordanie ou des étrangers. "Vous ne savez pas si les Israéliens laisseront rentrer votre chef opérateur, qui vient d'arriver à l'aéroport, où il a été interrogé durant quatre heures ! Notre maquilleuse est palestinienne mais basée en France. On a dû la faire passer en cachette à Jérusalem pour qu'elle puisse être avec nous sur le plateau… Malgré les permis demandés via le consulat français, les Palestiniens de Cisjordanie ne pouvaient pas nous rejoindre à Jérusalem ! Tourner à Jérusalem a été très difficile, car, à l'été 2017, la tension était à son comble. Les mesures d'intimidation étaient constantes, tout comme les inspections de la police israélienne, les changements de décors à la dernière minute à cause de routes fermées. On avait le sentiment qu'à tout moment, tout pouvait dérailler…", se souvient Alayan.
Le cinéaste confie même avoir été arrêté et interrogé pendant quatre heures par l'armée israélienne, en même temps que sa productrice et son directeur artistique, alors qu'ils tournaient à Bethléem, en territoire palestinien donc. La raison ? Les Israéliens refusaient de croire que les voitures maquillées aux couleurs de la police israélienne utilisées pour le film étaient des accessoires de cinéma…
(*) Prix du public et prix spécial du jury à Rotterdam, ce drame intime contant l'impossible amour entre une Israélienne et un Palestinien sera montré à Bruxelles le 5/6 au cinéma Galeries.
