L'au revoir de François Avril à BXL
L'illustrateur français a passé douze ans dans notre capitale, il nous la restitue chez Huberty & Breyne, loin des centres touristiques.
- Publié le 22-05-2024 à 10h20

François Avril (°1961 à Paris) va quitter Bruxelles, une ville où il a son atelier depuis douze ans, pour partager son temps entre Orléans et la Bretagne. Avant de partir, il a décidé de restituer son quotidien en images, au départ de son atelier du boulevard Lemonnier.
"Cette exposition n'a rien de 'touristique'. C'est le Bruxelles que j'ai emmagasiné au fil des balades et que je photographie parfois. Je me rends compte que les villes changent à toute vitesse. Si vous vous rendez à New York, par exemple, le skyline a complètement changé, avec des tours toutes plus étroites et effilées les unes que les autres. À Bruxelles, c'est pareil", explique l'illustrateur français, prenant les exemples du bâtiment du Lombard vu de la rue Bara, côté terrain vague, et du trou béant de la rue Lebeau. "Moi qui ne dessine jamais les endroits tels qu'ils sont, cela me donne une liberté totale, et les gens reconnaissent immédiatement l'endroit."
Les sacs-poubelles, très bruxellois, il en fait comme une installation posée avenue de Stalingrad. "Je garde juste un logo, la forme d'un immeuble qui permettra de l'identifier, et j'épure les abords." Des boulevards, il ne gardera que les panneaux de circulation. Tout est prétexte à mettre des rythmes, des ronds, des carrés, des compositions.
Avec un oncle qui avait une entreprise de grues et un père directeur de chantiers, une ville comme Bruxelles est un terrain de jeu idéal. "Je trouve les grues toujours très élégantes et, même quand il n'y en a pas, j'ai tendance à en rajouter, comme sur cette peinture représentant le palais de justice vu depuis un boulevard de Waterloo aux immeubles en construction. Un arbre ou un immeuble sont parfois la source que je conserve, avant de les habiller à ma manière, mais en veillant toujours à dépouiller l'environnement de tout ce qui est superflu."

Sus au superflu
Le superflu, c'est souvent les personnages, résumés à des silhouettes, et toujours les automobiles, dont le bruit pollue le dessin. "Parfois, pour l'équilibre d'un tableau, je pourrai rajouter une forme, comme pour l'imprimerie d'IPM à la Petite Île. De cet immeuble, j'en ai extrait la forme générale et m'en suis éloigné au moment de poser les couleurs. Pour l'incinérateur de Bruxelles, le long du canal, je garderai au contraire les couleurs générales et ajouterai éventuellement des formes pour avoir un rendu plus équilibré. Mais tout le monde reconnaîtra facilement ce bâtiment étrange."
On est loin de la reproduction de chefs-d'œuvre architecturaux d'Horta par exemple. "Que pourrais-je leur ajouter ? Ils sont parfaits. Tandis que si je pars d'une matière plus brute, une usine, un bâtiment industriel, par exemple, je peux m'en sortir."
Pétaouch… Knokke
Un nom peut marquer Avril, comme le Houtsiplou vu place Rouppe. "J'ai appris que c'était l'équivalent du Pétaouchnok français, sauf qu'Houtsiplou existe. Et pour tout vous dire, à l'origine je croyais que l'équivalent belge de Pétaouchnok, c'était Knokke-Le-Zoute. (rires)" La place Rouppe rappelle à François Avril ses débuts, avec Magic Strip qui édita son premier livre, à l'époque d'Yves Chaland, son professeur et maître à qui il voue une admiration éternelle…

Son quartier, Avril l'adore. "Mais j'avoue que, quand je me suis installé près de Fontainas, je pensais vraiment que ce quartier allait décoller, à l'image de Dansaert. Mais pas du tout ; c'est consternant : un chantier fait place au suivant. Le sublime Palais du Midi que j'imaginais avec de belles boutiques, faisant le lien entre la gare et le centre, est condamné. Les travaux vont encore durer des années."
Cependant, "j'adore l'endroit où j'ai vécu… et je ne suis pas encore parti vu les dégâts des eaux que je viens de subir. Je n'arrive pas à le vendre ! Mais ce grand espace est magnifique".
Avril nous expose son – notre – quotidien, et nous invite à jeter un regard neuf et tendre sur BXL. "Cette ville, j'y ai déambulé à vélo ; elle est infernale (à cause des travaux), abordable (même si les Français ont fait monter les prix de l'immobilier), adorable (par mes voisins et les Bruxellois en général)."
- François Avril, "BXL" Peintures et dessins Où Galerie Huberty&Breyne, 33 place du Châtelain à 1050 Bruxelles, https://hubertybreyne.com Quand Jusqu'au 15 juin, du mercredi au samedi de 11h à 18h.
