Le travail de l'artiste, ça vaut combien ?
Art Truc Troc met l'art à dispo de tous. Une foire d'art qui fonctionne à l'échange.

- Publié le 18-05-2022 à 07h58
- Mis à jour le 18-05-2022 à 07h59

Ce week-end, une foire d'art d'un genre singulier se donne à Bruxelles, à Tour et Taxis. Il s'agit de voir des artistes exposer leurs œuvres, mais, pour une fois, pas besoin de casser son cochon pour s'offrir de l'art, puisque le concept défendu ici est le troc. Le public qui souhaite repartir avec une œuvre qui lui a tapé dans l'œil est amené à proposer, en échange, un service (un spa, un dîner gastronomique, un prêt de maison de campagne…). La seule limite au service que l'on met au cœur du troc est l'imagination.
Art, Truc Troc, dans sa 17e édition, souligne l'utilité d'accéder à l'art dans un cadre qui diffère de la formule unique et monopolistique, détenue par le marché de l'art. Modèle d'acquisition où le prix affiché à l'arrière de la toile n'est pas discutable, d'autant que l'artiste lui-même, est bien souvent absent de cet échange commercial.
Et c'est précisément cela qui importe à Radu Stefan Poleac, l'un des 135 artistes qui exposera ce week-end à Tour et Taxis. "Je voulais vraiment faire partie de ce concept d'Art Truc Troc, auquel j'avais déjà postulé. Certes, dans l'histoire de l'art, des artistes ont parfois eu du soutien, mais la plupart des artistes n'ont pas cette possibilité non plus, et doivent passer par la vente. Et, néanmoins, l'échange d'une œuvre contre un service me semble adapté dans notre économie très mercantile. On a besoin d'échanger, même si ce n'est pas parfait comme système, c'est important d'offrir la possibilité aux gens d'accéder à l'art, qui est souvent vu comme inaccessible au grand public". Inaccessible et à la fois difficile à valoriser d'un point de vue strictement pécuniaire.
Justement, on demande à notre artiste : comment fait-il pour déterminer le coût ou plutôt la valeur de son art ? Puisque ce week-end, il devra troquer son travail artistique contre un service très concret. "Je calcule la valeur de mon travail en fonction de ce que j'ai mis dedans : le temps, l'énergie, mais aussi le côté unique de l'œuvre en question. Combien ça coûte ? C'est très compliqué comme question, mais dans mon cas, j'intègre aussi mon parcours, ça fait 17 ans que je suis artiste, les prix que j'ai reçus, les lieux où j'ai pu exposer…"
Combien vaut l'art ?
Ce que vaut un artiste, on le sait : le prix est affiché sur son travail. Mais la véracité, la bonne intelligence, la justesse de cette cote, c'est plus compliqué de se le figurer. "Il y a beaucoup de subjectivité dans l'art, surtout quand on voit les prix que pratiquent les maisons de vente. L'autre jour, une œuvre de Warhol a été vendue à 195 millions de dollars (NdlR, le portrait de Marylin Monroe en sérigraphie), et, donc, on se dit que cela ne représente pas ce que l'artiste a investi comme travail. Il n'a pas investi un million d'années de travail dans cette œuvre!"
En matière de prix de l'art, l'artiste bruxellois insiste sur l'importance d'avoir "un juste retour sur son travail". "Histoire d'avoir de quoi payer ses impôts, mais aussi pouvoir investir de nouveau dans son travail artistique". On comprend alors toute la difficulté de faire profession d'artiste. Il faut avoir un pied dans l'aspect strictement matériel – "il ne faut pas être gêné, il faut faire affaire", et un pied dans la création.
"Est-ce que c'est difficile d'être artiste, tu me demandes ? Ce n'est pas la question. C'est un appel du cœur et de l'âme. Tu ne te sens pas forcé de faire de l'art, tu veux le faire, ce n'est pas juste un hobby. Quand je donne vie à mes papiers blancs, je sens que j'atteins mon plein potentiel. Et si c'était juste une question d'argent, j'aurais arrêté depuis longtemps. Être artiste, pour moi, est vraiment une façon de vivre".
"Art Truc Troc & Design", les 20, 21 et 22 mai. À Tour & Taxis (Gare Maritime). Rue Picard 7, à Bruxelles. Infos : https://tructroc.be. Entrée : 12 €.