Une histoire simple, version Lionel Estève
Un Lionel Estève ludique pour une énième fois chez Albert Baronian, associé à Xippas.
- Publié le 11-09-2020 à 18h13
- Mis à jour le 11-09-2020 à 18h15

Vernissage comme il se devait en monde réduit pour la cause que l'on sait. Cause qui n'entrava pas la bonne humeur des retrouvailles, d'autant que l'air était au chaud, que les œuvres aux cimaises répandaient une sorte de joie débridée, sans fard, ludique.
À les voir de loin, on pouvait penser à quelque facétie façon Miro, parfois à quelque veine poétique que n'aurait point reniée le Chagall des bonnes années. De près, on se rend compte que si jeu et poésie il y a, les travaux de fils colorés de Lionel Estève (Lyon, 1967), qui vit à Bruxelles depuis plus de vingt ans, sont peut-être un jeu, ils sont aussi une sorte d'alchimie du temps qui passe quand les humeurs qui nous cernent nous intiment à ouvrir l'œil… pour ne pas sombrer !
Lionel Estève qui a toujours innové, expérimenté de nouvelles techniques et, partant, de nouveaux matériaux, n'a pas, ce confinement pris à rebrousse-poil, perdu la main ni l'envie d'aller voir ailleurs ce qu'il se passe quand on donne du fil à retordre à ses angoisses.
C'est au fil de cuivre, tordu, détourné, embrigadé dans diverses circonvolutions, et puis peint de couleurs chatoyantes, qu'Estève a confié ses extrapolations actuelles. Et cela fonctionne comme dans un rêve éveillé. On adhère, sourire entendu.
Rien de facile dans la démarche. Rien de confus ou d'abscons non plus. Une espèce de bonheur de la création inédite qui court et virevolte en s'amusant autour d'un fil (de cuivre) modulant ses couleurs au gré de l'imaginaire.
Pauvre, coloré, tendu
Fonds de tableaux sur matériau pauvre, coloré de chic, encadrements dans la note chromatique, jeux d'images tendus de surprises, qui interpellent de l'une à l'autre, il ne reste au visiteur qu'à se laisser surprendre par la bonhomie du propos.
Cela démarre en trois temps très simples disséminés à travers l'espace. En déclinant de trois manières le thème complice à chaque tableau, "Une histoire simple", Estève nous incite déjà à ouvrir l'œil.
Écriture simple pour évoquer une chose simple elle aussi, écriture gothique pour confier une pesanteur à la formule, cryptée façon abstraite pour dérouter le regard peu vigilant, l'artiste sème le trouble, trouble le regard. Comme il l'enchante en modulant ses exercices, qui sont aussi des accomplissements, en variant les plaisirs d'images qui, de l'une à l'autre, nous racontent d'autres choses… simples.
Un coucher de soleil sur une mer étale, un exercice funambule sur un fil (de cuivre) se jouant de la pesanteur, une chevelure épaisse de dos, des plumes qui volent, un portrait brut vu de face, une tête, ou, souvent, sur fond lapis-lazuli, une histoire qui file et se profile ingénue, les variations de couleurs enchanteresses, d'allusions et d'illusions cosmiques, se jouent de nous en gambadant.
Estève nous surprend par un plaisir évident à nourrir ses morceaux de bravoure de fils qui ne se tordent jamais le cou mais courent sur leurs fonds de tableaux avec des airs espiègles qui les animent d'heureuses intentions.
Comme dans un sprint à l'issue incertaine, Lionel Estève jongle en apesanteur. Il enlève ses envolées avec le brio d'un capteur de lune !
Une histoire simple Art actuel Où Galerie Baronian Xippas, 2, rue Isidore Verheyden, 1050 Bruxelles. www.baronianxippas.com et 02.512.92.95 Quand Jusqu'au 24 octobre.
