Le monde angoissant de Thys et de Gruyter atterrit à Bozar

- Publié le 19-02-2020 à 10h31
- Mis à jour le 20-02-2020 à 17h55

L'exposition du pavillon belge à Venise, primée par la Biennale, est montrée pendant 4 mois à Bozar.
Le pavillon belge à Venise était occupé cette année par l'exposition Mondo Cane de Jos de Gruyter et Harald Thys, avec la commissaire Anne-Claire Schmitz. Il fut récompensé par une « mention spéciale », comme un équivalent d'un lion d'argent, seul pavillon de la Biennale avec le lituanien, a être récompensé et première fois qu'un pavillon belge reçoit un prix.
Comme annoncé, l'expo a déménagé dans les Antichambres de Bozar dans une autre scénographie et avec trois personnages de plus (22 poupées, souvent animées, au total). « Ils ont grandi », explique avec malice Jos de Gruyter.
On retrouve à Bozar cet univers clos comme celui construit par une société où l'inertie et l'apathie règnent en maître. Les artistes se disent intrigués par l'état de psychose qui caractérise selon eux la société et qui entraîne cette angoisse permanente exprimée avec humour dans leurs oeuvres.
Tout semble calme dans les salles où on découvre des figures de métiers disparus, comme si on était dans un musée folklorique bien éloigné de l'art contemporain: un sonneur de cloches, un rémouleur, un pizzaiolo, …
Mais vite, l'inquiétude monte. Ces figures sont animées et bougent lentement. La « femme rat » entourée de rats, se met à taper avec son bâton. Le Mosquetero Sin Dinero sur son socle bleu agite sa sébile, un autre chante.

Une grille de prison
Les visiteurs peuvent tourner autour de ces personnages qui ont les yeux sans pupille, avec des regards morts, « ils sont autistes, dit Jos de Gruyter, comme l'Europe l'est devenue ».
Symbolisent-ils notre avenir, quand l'Europe ne sera plus qu'un parc d'attraction pour touristes chinois? Thys et de Gruyter mêlent toujours cruauté et humour et adorent monter des fictions reprenant les mêmes personnages de leurs vidéos comme Brigitte Pannecoucke, un bébé géant qui refuse de grandir.
Le plus angoissant est la grille blanche qui ferme les Antichambres comme une prison, semblant nous enfermer avec les 22 poupées blêmes, mutiques ou agitées de transes.
Un guide du visiteur décrit avec un humour très belge chaque personnage, raconte leur histoire derrière leurs visages blancs, leurs mouvements et bruits bizarres,
« C'est un monde du repli sur soi, de la peur, de l'autisme », commente Anne-Claire Schmitz. Les lents mouvements vains de ces poupées automates évoquent autrement, le résultat de l'agitation sans fin du monde qui, à force de communiquer sans cesse, ne dit plus rien.
Thys et de Gruyter, poètes de l'absurde, imaginent que ces poupées, la nuit, quand les visiteurs sont partis, se mettent alors à discuter entre elles.
Mondo Cane, Bozar, Bruxelles, jusqu'au 24 mai
