Un art engagé, co-créé avec les communautés
Première exposition muséale d'Els Dietvorst, au Muhka, et son art divers, relationnel, "concerné et consterné".

- Publié le 10-02-2020 à 10h26
- Mis à jour le 10-02-2020 à 10h41

Première exposition muséale d'Els Dietvorst, au Muhka, et son art divers, relationnel, « concerné et consterné ».
Els Dietvorst, née en 1964, vit et travaille à Anvers, a développé un travail très varié mais chaque fois pour évoquer la société. C'est un art relationnel, engagé, qu'elle mène depuis longtemps, intégrée dans des communautés qui co-créent avec elle. Elle se dit « concernée et consternée » par des questions sociétales comme la migration, le racisme et le changement climatique, bref, par la « condition humaine » résume le Muhka à Anvers qui lui consacre une première rétrospective.
Elle parvient à traduire cet « art social », en formes artistiques fortes et y exprimer les grands thèmes de la vie, de la mort, de l'angoisse, de l'aliénation ou du désir.
Elle le fait via des actions, des documentaires, des vidéos, des grandes sculptures en argile, des dessins à l'encre rouge, du théâtre qu'on a vu au Kaaitheater ou au Kunstenfestivaldesarts. Dans un monde dominé par le capitalisme et les inégalités, elle cherche, dit-elle, des alternatives possibles, de l'espoir, sous forme de contes d'aujourd'hui.
L'exposition au Muhka réussit à exprimer ce travail divers et complexe en en extrayant des formes esthétiques. On revoit par exemple les films poétiques qu'elle a réalisés en Irlande quand elle a choisi de s'immerger pendant dix ans, avec la plasticienne Orla Barry dans la vie des bergers accomplissant toutes les tâches dévolues à ce métier. Ses films sont une manière de traduire une expérience de vie, d'évoquer la beauté fragile d'une nature menacée par l'homme ou le désarroi des pêchers irlandais face aux quotas imposés par l'Europe.

Les pieds du danseur
Auparavant, elle s'était immergée pendant six ans (2009 à 2005) dans Bruxelles, avec son projet Retour des hirondelles, autour de la place Anneessens, suivant et filmant les habitants, devenus 35 hirondelles de 5 à 55 ans, de dix nationalités différentes. Rencontrant parmi eux, le Togolais Kokou Zokli elle a fait avec lui un monologue sur les émeutes de son pays et sur l'exil.
A coté de ces vidéos, elle réalise de grandes sculptures d'argile: un groupe de pleurants comme de Rodin, une déesse antique de la fertilité ou elle-même, enfant, debout en déséquilibre au bord de la chaise familiale. Le déséquilibre étant la condition de la création.
Els Dietvorst est aussi dessinatrice, et elle a couvert les murs d'une salle du Muhka de dessins à l'encre rouge comme elle l'avait fait sur les murs du café De Dolle Mol, à Bruxelles, le café historique des anarchistes. De beaux dessins où un homme, dans la gueule du loup, tient sa mâchoire ouverte, où une femme est devenue bunker de briques, où un visage se couvre de plaies qui saignent.
Sa capacité à voir la beauté dans le relationnel est bien illustrée par son film avec le danseur et chorégraphe Marc Vanrunxt. Au lieu de le montrer tout entier, elle n'a filmé que la danse de ses pieds, sautant et glissant sur des perles de frigolite. Un moment de grâce dans une salle du Muhka peuplée de figures de terre comme un cortège d'éclopés de Bruegel.
L'art de Dietvorst veut nous relier au monde, s'opposer à l'individualisme et à l'égoïsme, montrer la beauté là où on ne la voit plus et où elle est menacée.
Els Dietvorst, Muhka à Anvers, jusqu'au 10 mai