Rodin fut fasciné par le corps des danseuses (PHOTOS)
Le musée Rodin analyse la fascination qu'avait le sculpteur pour la liberté de la danse moderne et l'architecture des corps.
- Publié le 26-04-2018 à 10h32
- Mis à jour le 26-04-2018 à 14h10

Le musée Rodin analyse la fascination qu'avait le sculpteur pour la liberté de la danse moderne et l'architecture des corps.
A la fin de sa vie, et déjà dès 1890, Rodin (1840-1917), fut passionné par la danse. Il voyait dans le corps en mouvement des danseuses, dans leurs recherches d'équilibres nouveaux, de grâce, d'apesanteur, un lien avec ses propres dessins et sculptures.
L'exposition qui vient de s'ouvrir au musée Rodin à Paris, est consacré à ce rapport si profond. On y voit surtout, à côté de nombreux dessins, une série célèbre, jamais montrée de son vivant, des "Mouvements de danse". Une suite de petites figures en terre cuite ou en plâtre, de variations qu'il faut admirer comme un film décomposé en une série de moments arrêtés: une danseuse jette sa jambe an arrière, une autre est saisie en plein envol, une autre a son corps totalement replié ou semble prise dans un exercice d'étirement.
On voit aussi comment le sculpteur fut ébloui par la découverte des danseuses venues du Cambodge pour l'exposition universelle de Paris en 1906, Rodin a alors 66 ans. La souplesse extraordinaire de leurs bras et de leurs poignets l'impressionne. Il réalise sur le vif des dizaines de dessins de ces danseuses dont il dira à leur départ: "elles emportèrent la beauté du monde avec elles."

Rodin s'intéressa aussi aux grandes danseuses qui ont fait la danse contemporaine comme Loïe Fuller (1869-1928) qui faisait tournoyer sa longue robe comme une fleur ou un papillon. Ou Isadora Duncan bien sûr (1877-1927) qui incarnait à elle seule la libération par rapport aux carcans de la danse classique, dansant pieds nus, vêtue d'une simple tunique, résistant à toutes les conventions, prônant la liberté de la femme. Njinski (1889-1950) aussi, le grand danseur étoile russe de chez Diaghilev dont il sculpte le corps dans un célèbre faune dansant et sautant. Et surtout Alda Moreno, danseuse et acrobate, qui était capable de prendre les poses les plus acrobatiques.
Les passions
Le travail sur le corps, sa nature, sa capacité d'expression sont dès l'origine au coeur du travail de Rodin. Il trouva aussi son inspiration dans la statuaire gréco-romaine qui sculptait aussi des danses de bacchanales. Toutes les formes de danse intéressaient Rodin à l'exception notable du ballet classique et codifié dans lequel il ne trouvait pas la liberté des corps et leur sensualité.

Si souvent les danseuses sont nues, elles ont aussi parfois des drapés avec lesquels Rodin joue. Ses exercices autour de la danse ont nourri son oeuvre. Comment ne pas les retrouver dans l'énergie vitale qui se dégage de son "Iris", la messagère des dieux, réunissant le ciel et les hommes, une cuisse totalement relevée et exhibant son sexe. Rodin disait : "Le corps est un moulage où s'impriment les passions ". Et il fut un grand passionné, par l'art comme par les femmes.
Rodin a montré comment " le corps parle plus loin que l'esprit " et peut rendre toutes les émotions. En 1914, à la toute fin de sa vie, il écrit dans les "Cathédrales de France" que " la cathédrale est construite comme un corps vivant". Le corps et l'architecture reposent tous deux sur un équilibre dynamique entre des forces contraires. On voit bien à l'exposition comment il construit ces corps dansant comme on construirait une cathédrale pour exprimer l'émotion et les passions de l'âme.

- Rodin et la danse, musée Rodin. Paris, jusqu'au 22 juillet.