Le design "supernormal" de Jasper Morrison

Rétrospective au Grand-Hornu d'une star mondiale mais discrète du design.

Guy Duplat
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Marie Pok, qui dirige le Cid, le centre d'innovation et de design au Grand-Hornu, est légitimement fière de pouvoir présenter la première rétrospective du travail de Jasper Morrison. Le designer anglais, né en 1959, est pourtant une star. Il vit entre Tokyo, Londres et Paris et ses créations se retrouvent dans les plus grands musées du monde, du Moma au V&A. Mais l'homme aime la discrétion, fuit les expos personnelles et les conférences. Il ne veut pas du design décoratif et bling bling. C'est un amoureux des objets qui veut améliorer notre quotidien. Il adhère à cette définition de Le Corbusier : "Le mobilier c'est : des tables pour manger et pour travailler, des fauteuils de diverses formes pour se reposer de diverses manières et des casiers pour ranger."

Pour lui, le design doit être juste, simple, fonctionnel, cohérent. Ses objets sont des archétypes qui parlent sans discours. Il a résumé sa philosophie, en 2006, dans un manifeste appelé "Super normal" signé avec le designer Naoto Fukasawa (il est fan du Japon). Il définit ainsi un objet "supernormal" : "C'est la relation que l'on entretient avec un objet. Vous vous rendez compte qu'il y a un verre en particulier dans lequel vous aimez boire. Il ne cherche pas à se faire remarquer, mais il vous procure un plaisir certain. C'est une expérience globale, évidemment subjective."

"L'idée que Jasper Morrison se fait du normal tient d'une forme d'universalité, explique Marie Pok. Il l'atteint par un art de la litote et par la touche d'humour qui traverse son œuvre. Tout est subtilité, tout est suggestion."

Objets discrets

On peut découvrir à partir de dimanche au Grand-Hornu un vaste choix de ses créations. Ses meubles ont été édités entre autres par Vitra et Cappellini et ont des formes "évidentes" : la chaise et le fauteuil HAL (le magnifique centre Keramis à La Louvière a choisi ses chaises), le fauteuil de bureau Lotus, la chaise Bac.

Il a beaucoup travaillé pour la chaîne japonaise Muji présente partout… sauf en Belgique : couverts, montre, casseroles, mobilier, etc. Il aime chez Muji la stratégie, a priori antimarketing, de "dépouiller les choses, réduire la forme et les couleurs, les priver de leurs artifices de vente", mais cela marche. Il lui a trouvé le slogan, "Is good for you".

Il a travaillé aussi pour les chaussures Camper, la firme Alessi et a même construit un train à Hanovre.

L'ambiguïté du design de Jasper Morrison est de chercher sa beauté dans l'usage "normal" et la justesse mais d'être devenu aussi une icône recherchée par les amateurs. Son génie est que son minimalisme n'est jamais un artifice et qu'il donne à ses courbes et à ses formes une riche atmosphère. "Supernormal", c'est oublier un instant l'aspect extérieur, superficiel des objets pour se centrer sur leur utilité et leur durabilité, "c'est comprendre la capacité qu'ont certains objets discrets de produire de meilleurs résultats que des objets à la conception plus élaborée". Présentée sur des grands tréteaux de bois, l'expo montre bien cette création pure, belle, évidente.Guy Duplat

"Thingness", CID, Grand-Hornu, du 10 mai au 13 septembre, de 10h à 18h, sauf lundi.

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