"The Takedown : American Aryans" : la guerre contre "la plus grande menace terroriste des États-Unis"
Une mini-série en quatre parties sur l'enquête qui a démantelé un réseau criminel d'extrême droite.

- Publié le 05-02-2025 à 11h25

Le réalisateur Neil Rawles nourrit une certaine fascination pour les univers violents de notre temps : il a signé des œuvres documentaires sur la "famille Manson" (coupable de sept meurtres à Los Angeles en 1969), le siège de Waco en 1993 (qui a opposé la secte des "Davidiens" au FBI et provoqué la mort de 86 personnes) ou le "Washington Sniper" (qui a assassiné dix personnes en 2002 dans la région de Washington, D.C).
The Takedown : American Aryans, disponible sur HBO Max, à partir du 6 février, ne fait pas exception. Cette mini-série en quatre épisodes retrace la vaste enquête mise en œuvre pour démanteler la Fraternité aryenne du Texas. Typiquement américaines, ces "fraternités" sont des gangs de suprémacistes blancs, formés en prison. Ils sont la conséquence indirecte de la déségrégation raciale à la fin des années 1960, qui a imposé la mixité raciale dans les prisons. La première fraternité aryenne est fondée en Californie en 1964, dans la prison d'État de San Quentin.
Une adhésion à vie
D'inspiration néonazie, les "fraternités" se constituent avec un programme identitaire et un serment, accompagné de rites de passages brutaux. Pour en faire partie, outre le fait d'être blanc, il faut avoir commis un meurtre… Le rapport spécifique des États-Unis et du Texas avec les armes rend ces groupes particulièrement dangereux. Un repenti le précise : comme dans une "famille", l'entrée est à sens unique. On n'en sort par la mort ou au prix d'innommables tortures (se faire écorcher tous ses tatouages d'appartenance). Comme les SA nazies de sinistre mémoire, leur structure est d'apparence militaire : un "général" commande des lieutenants qui cornaquent les soldats. Mais leur fondement demeure criminel : trafic de drogue, proxénétisme,…
L'enquête est essentiellement contée par l'agent fédéral Richard Boehning. Au début des années 2000, suite au meurtre d'une jeune femme, petite amie d'un Aryen, il commence à remonter la piste de la Fraternité du Texas. Comme dans une vaste enquête sur un réseau mafieux, il a fallu identifier les cinq "généraux" qui se partageaient le Texas, trouver des témoins et des informateurs, collecter les preuves et les flagrants délits… Un travail de fourmi – un peu aidé, toutefois, par la sidérante arrogance des malfrats, qui filmaient ou photographiaient leurs crimes. Au passage, Rawles n'épargne pas au spectateur certaines images insoutenables (la vidéo d'un membre battu à mort et agonisant, photos de sévices et tortures…).
Le point le plus intéressant dans le contexte présent n'est malheureusement pas abordé : la mouvance n'est pas sans liens avec les milices d'extrême droite des Proud Boys et des Oath Keepers, partisans de Trump, qui a gracié leurs membres impliqués dans l'assaut sur le Capitole du 6 janvier 2021. Autre point commun, qui rejoint la mob mentality du 47e Président des États-Unis : on ne trahit pas le chef au risque d'encourir sa vengeance. Alors que quelque 5000 agents du FBI encourent une mise à pied pour avoir enquêté sur les événements du 6 Janvier, les pairs de Richard Boehning pourront-ils encore juguler ce qu'il qualifie de "plus grande menace terroriste des États-Unis" ?

The Takedown : American Aryans Crime Story De Neil Rawles Durée 4x42min HBO Max à partir du 6/02