Les négociations bruxelloises se crispent, alors qu'elles entrent dans le vif du sujet : "Personne ne semble prêt à faire des économies"
Les discussions budgétaires ont repris ce lundi, après que l'Open VLD a décidé de rester à table. Mais la négociation s'est tendue ce mardi, alors que les six partis se penchent sur la manière concrète de faire des économies.

- Publié le 07-10-2025 à 12h31
- Mis à jour le 07-10-2025 à 20h55
Les négociateurs bruxellois avaient poussé un soupir de soulagement, ce samedi, lorsque le bureau régional de l'Open VLD avait décidé de rester à la table des négociations en vue d'établir un budget, puis un gouvernement régional bruxellois.
Si les libéraux flamands avaient retiré la prise - pointaient alors certains observateurs en interne - les espoirs de former un gouvernement avant les élections de 2029 se seraient pratiquement envolés… "Nous avons passé une étape importante, mais nous allons seulement entrer dans le dur", prédisait une source politique ce week-end.
Cette prédiction s'est vérifiée. Et le soulagement des négociateurs a été de courte durée…
Cette semaine, en effet, les négociateurs sont entrés dans le vif du sujet. Ils se sont penchés concrètement sur la manière de réaliser des économies.
Des tensions entre le PS, Georges-Louis Bouchez et Frédéric De Gucht
Et les négociations se sont révélées très difficiles. La situation, en résumé, n'a guère avancé…
Lundi, Frédéric De Gucht avait déjà mis la pression sur les autres partis. "Les prochaines 48 heures seront décisives. C'est le moment de vérité."
Des tensions sont apparues en cours de journée entre les différents partis et Georges-Louis Bouchez. Le président du MR s'est notamment opposé à la réforme des titres services, telle que la propose le gouvernement bruxellois en affaires courantes. Des débats ont également eu lieu pour faire des économies dans les frais de fonctionnement du musée Kanal. Sur ce point, c'est le PS qui s'est crispé.
Ce mardi, c'est le cas des investissements réalisés par la Stib et la SLRB (société bruxelloise du logement) qui a été abordé.
Frédéric De Gucht, chef de file de l'Open VLD à Bruxelles, s'est ému de l'absence d'avancée en profondeur des discussions. Il a pointé notamment le manque de volontarisme de Groen, peu enclin à économiser sur la Stib.
L'explosion des dépenses de la Stib
Ainsi, selon un document qui a circulé entre les négociateurs, les dépenses de la Stib sont passées de 1,033 milliard d'euros à 1,5 milliard entre 2018 et 2024. Une hausse de 500 millions d'euros qui s'explique par l'ouverture de nouvelles lignes de tram, les travaux du métro, ainsi que par une ambition renforcée pour les transports publics bruxellois. Cela fait dire à certains négociateurs que des efforts peuvent être réalisés de ce côté-là.
La question de la poursuite des travaux du Métro 3 a été abordée mardi après-midi.
Bouchez s'exprime sur le Métro 3
Présent autour de la table, Georges-Louis Bouchez a demandé que soit réalisée une nouvelle analyse complète du projet de Métro 3, considérant que la Cour des comptes (dont le rapport sur le projet de Métro devrait prochainement tomber) risque de dénoncer le plan actuel, et poser des questions structurels sur l'avenir et la pertinence du projet de Métro 3.
"Tout le monde sait que le projet a du plomb dans l'aile, mais personne n'a envie d'être celui qui assume de le dire", observe une source bruxelloise.
La question des investissements dans le logement est également posée, alors que le PS souhaite préserver les moyens pour le logement social.
"Le problème, c'est que personne ne semble réellement prêt à faire des économies. À ce stade, on n'a même pas encore trouvé 50 millions d'euros…", regrette une source politique bruxelloise. "Le PS ne veut pas toucher au personnel des administrations, Groen ne veut rien économiser sur la mobilité, Les Engagés se cabrent quand on parle des communes etc. C'est à croire que si tout le monde (MR, PS, Engagés, Groen, Vooruit) a validé la proposition du MR, c'est parce qu'ils pensaient que l'Open VLD allait quitter la table…"
Un tableau budgétaire pourrait être proposé jeudi par le formateur.
David Leisterh a estimé que les partis de gauche (PS, Vooruit, Groen) n'avaient montré suffisamment de volonté de faire des efforts .
Ahmed Laaouej conteste
En fin de journée, Ahmed Laaouej (PS) est intervenu pour contester cette conclusion, estimant que plusieurs propositions avaient été transmises au formateur, et qu'il n'en avait pas été tenu compte dans la proposition de départ. "Les libéraux sont dans framing où tout accord est impossible avec la gauche", glisse une source politique.
D'autres négociateurs pointent par ailleurs le manque de méthodologie du MR, qui mène les négociations, et le manque de connaissance des dossiers bruxellois par Georges-Louis Bouchez.
750 millions d'euros d'économies concrètes
Vendredi, cinq des six partis impliqués dans les négociations budgétaires avaient en effet validé la proposition du formateur David Leisterh (MR), visant à réaliser 1 milliard d'euros de réduction de déficit d'ici à la fin de la législature (2029).
Le point de départ, pour réaliser cette économie, devait être le budget exécuté 2024, à savoir 1,496 milliard d'euros de déficit, pour en arriver, in fine, à un peu moins de 500 millions d'euros de déficit.
Cet effort d'un milliard d'euros se décompose en 200 millions de recettes fiscales, 100 millions d'euros d'effet retour liées aux nouvelles mesures, 50 millions d'euros de réduction de la charge de la dette, et 750 millions d'économies concrètes.
S'agit-il d'une musculation des négociations, ou d'un blocage plus concret ? Le retour des fuites dans la presse n'a pas été apprécié par certains négociateurs.
Quoi qu'il en soit, deux semaines après le début des négociations bruxelloises, les discussions budgétaires n'ont pas beaucoup avancé sur le fond…