Avec les mesures de l'Arizona, "ce seront les médecins qui vont tomber malades"
Ce mardi 27 mai 2025, Maxime Binet a reçu Thomas Orban, médecin généraliste et addictologue, dans l'émission "Le café sans filtre" sur LN24. Au programme de l'interview: diminution des malades de longue durée voulue par le gouvernement fédéral et mépris du ministre de la Santé à l'égard des médecins.
- Publié le 27-05-2025 à 14h24
Invité sur LN24 et LNRadio ce mardi 27 mai 2025, Thomas Orban a d'abord réagi sur les 520.000 malades de longue durée en Belgique. "Je me demande pourquoi nous sommes passés à un nombre élevé de patients au chômage à un nombre élevé de patients en maladie longue durée, n'y a-t-il pas au niveau sociétal une facilité à se dire je suis malade plutôt que je suis sans emploi?", demande l'addictologue.
"Beaucoup de maladies sont des maladies de santé mentale, chroniques, cela reflète la difficulté de vivre dans notre société actuelle. Troisième chose: peut-être que les patients s'habituent à ce statut avec des revenus associés, ils se créent une vie qui fonctionne avec cela. Cela ne concerne pas tout le monde, bien évidemment, mais il peut peut-être y avoir des abus de ce côté-là."
"Du côté des médecins, ce n'est pas toujours simple de faire la part des choses par rapport à ce type de symptômes: fatigue chronique, dépression...", ajoute-t-il.
Maxime Binet demande alors au médecin s'il pense qu'il y a des abus au sein de sa profession: "Il y a des abus, tant au niveau de notre profession que des patients et du système en général qui peut favoriser ces abus".
Face à ce constat, Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé, veut réintroduire davantage de malades de longue durée sur le marché du travail en responsabilisant les patients, les médecins, les employeurs et les mutualités. Une bonne politique? "Ce serait une bonne politique s'il y avait une excellente concertation entre tous les acteurs. Ce n'est pas encore le cas. Heureusement, il y a des plateformes qui commencent à voir le jour. Responsabiliser les gens et faire en sorte qu'ils se parlent, c'est un début."
Nous sommes là pour aider les patients, les soutenir et les accompagner. Pas pour être juge et partie.
"Un patient n'est pas malade. Il vit avec une maladie. Et vivre avec une maladie, cela permet de faire quand même d'autres choses. Le travail au noir en est un exemple. Certains chômeurs ou certains malades travaillent quand même. On est confronté à cela régulièrement."
L'Arizona va créer une sorte de banque de données et limiter la durée des certificats médicaux à maximum 3 mois. Des médecins pourraient être sanctionnés, cela fait peur aux généralistes? "Notre métier, notre idéal, c'est d'être au service de la population. À partir du moment où on introduit la sanction dans la relation entre le patient et le médecin, on introduit un virus. Je ne pense donc pas que ce soit la bonne manière de faire. Cela va contre les valeurs des médecins. Une des causes premières du burn-out. Finalement, ce seront les médecins qui vont tomber malades."
Thomas Orban est clair: "On doit donc faire le grand écart entre nos valeurs et ce qu'on nous impose. Le ministre de la Santé impose au corps médical ce qu'il ne voudrait pas qu'on fasse dans les entreprises: imposer des valeurs qui ne sont pas les nôtres. Nous sommes là pour aider les patients, les soutenir et les accompagner. Pas pour être juge et partie. Avoir un conflit d'intérêts qui pousse à dire: non, je ne continue pas votre certificat sinon c'est moi qui vais être sanctionné financièrement. Cela ne fonctionnera jamais ça".
Je passe une heure par jour minimum, non rémunérée, pour faire de la paperasse. Cette charge devient insupportable.
Dans le même temps, le gouvernement annonce moins de paperasse à l'avenir pour les médecins. Effet d'annonce ou réalité? "Cela fait plus de 20 ans que je travaille, cela fait plus de 20 ans qu'on me dit que j'aurai moins de paperasse, cela fait plus de 20 ans que j'en ai de plus en plus. Je passe une heure par jour minimum, non rémunérée, pour faire de la paperasse. Cette charge devient insupportable. J'en ai assez d'entendre des déclarations qui ne sont pas suivies des faits."
Frank Vandenbroucke veut passer en force avec une forme de mépris pour les soignants.
"Frank Vandenbroucke veut passer en force avec une forme de mépris pour les soignants. Qui plus est, en jouant au saint Nicolas avec l'argent des médecins. Ce n'est pas la bonne solution. Le public s'adaptera: soit ils vont partir, soit ils vont faire une autre médecine qui sera de moins bonne qualité", conclut un brin agacé Thomas Orban.
Retrouvez l'ensemble de l'interview en tête d'article.
