L'obligation du baptême pour les profs de religion catholique va être rediscutée
En Flandre, l'enseignement libre a levé cette obligation pour lutter contre la pénurie de vocations. Coté francophone, on s'interroge aussi.

- Publié le 28-01-2025 à 08h52

En Flandre, dans l'enseignement catholique, les professeurs de religion ne devront plus être baptisés pour donner cours. Cette petite révolution a été prise pour faire face à la pénurie d'enseignants qui touche cette matière. Faute de professeurs, 632 classes ne suivent pas de cours de religion actuellement, peut-on lire dans la presse du nord du pays. Cet assouplissement (qui n'a pas été pris dans l'enseignement officiel) s'articule à une campagne de recrutement.
Une règle en discussion
Et du côté francophone ? Cela pourrait advenir. La pénurie d'enseignants de religion catholique existe bel et bien, confirme Jean-Marc Drieskens, membre du Conseil des cours de religion catholique et délégué épiscopal en la matière pour le diocèse de Liège. "En principe, tous les enseignants de religion catholique doivent être baptisés, souligne-t-il. Mais nous comptons rediscuter de ce point prochainement avec les évêques pour différentes raisons."
La première est celle de la pénurie. "Bien entendu, désigner des professeurs non baptisés ne la résorberait qu'en partie. C'est pour cela que nous proposons une autre mesure au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour enseigner la religion en effet, les personnes qui ont déjà un diplôme de bac ou master dans une autre matière doivent suivre une formation en théologie et en didactique. À l'issue de cette formation, le diplômé reçoit un visa pour enseigner la religion. Nous aimerions que le gouvernement permette de délivrer des visas temporaires aux étudiants en cours de formation. Ils pourraient donc déjà donner cours."
Une célébration religieuse
La deuxième raison pour laquelle le Conseil des cours de religion aimerait rediscuter de l'obligation d'être baptisé est plus philosophique. Sur le fond, cette règle pointe le statut particulier de ce cours de religion. En effet, il n'est ni un cours de catéchisme qui s'adresserait à des croyants en les accompagnant dans leur vie de foi, ni un lieu d'endoctrinement. Pour autant, il demeure un cours confessionnel qui se situe à la croisée de deux institutions, l'institution scolaire et l'Église. En ce sens, il a pour objectif de travailler "l'intelligence de la foi chrétienne, sa cohérence et l'éclairage qu'elle peut apporter sur les grandes questions humaines", précise son programme. Pour cela, l'enseignant mobilise les ressources internes de la tradition catholique et ne se contente pas d'aborder le catholicisme depuis l'extérieur (avec un regard uniquement historique ou sociologique par exemple). C'est en ce sens que les évêques souhaitent que les professeurs soient baptisés. Ceci est le gage, en théorie, de leur proximité avec l'Église. Une célébration liturgique marque d'ailleurs l'engagement des professeurs.
Cela justifie-t-il de maintenir cette obligation du baptême ? Jean-Marc Drieskens s'interroge. "Ce principe ne contrevient-il pas au respect à la vie privée ? Sans oublier qu'il ne garantit pas le respect de l'éthique évangélique. Que dirait-on à un prof baptisé mais qui militerait pour un parti d'extrême droite ? Et, par ailleurs, que fait-on si un professeur nommé de religion catholique demande d'être débaptisé ?"
Ces questions soulignent "l'équilibre délicat" auquel est tenu un professeur de religion, note Sébastien Belleflamme qui enseigne lui-même, et forme de futurs enseignants : "un équilibre entre l'obligation de donner cours de façon objective, et le fait d'être un témoin crédible de la foi chrétienne."
Si les évêques francophones devraient donc discuter prochainement de ce point avec le Conseil des cours de religion, notons qu'il existe des exceptions à ce principe du baptême qui n'est pas inscrit dans la loi. Si un jeune enseignant qui entreprend ou termine la formation pour enseigner la religion n'est pas baptisé, il n'est pas mis à la porte automatiquement : son cas est évalué et un parcours de catéchuménat pour adulte lui est proposé.
Les inspecteurs ont perdu le contrôle
En 2013, la ministre de l'Éducation d'alors, Marie-Dominique Simonet, avait souhaité que les référentiels des cours de religion (qui déterminent ce qui doit être enseigné) soient validés par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Faute de suivi de la part des gouvernements successifs, cette validation n'a jamais été effective. Dès lors, les inspecteurs de religions ne bénéficient d'aucune base juridique pour effectuer leur travail et contraindre un enseignant qui ne respecterait pas, dans sa classe, les principes pédagogiques de l'enseignement francophone, ou les prescrits de la Constitution belge. Rien n'indique que le gouvernement actuel a placé ce chantier au cœur de ses priorités, regrette Paul Verbeeren, inspecteur à la retraite, qui a suivi ce dossier durant de nombreuses années.