Nombre de prêtres, de fidèles, de baptêmes… l'Église catholique présente des statistiques à la baisse, mais ne se décourage pas
L'Église catholique en Belgique publie ce mercredi son rapport chiffré annuel.

- Publié le 18-12-2024 à 06h39
- Mis à jour le 18-12-2024 à 06h40

Pour la septième année consécutive, l'Église catholique en Belgique publie son rapport chiffré qui dresse un panorama de ses activités, l'état de ses troupes et l'engagement de ses fidèles pour l'année 2023.
Cette année, outre un focus sur les jeunes, le rapport met en avant le travail des bénévoles. En fonction des calculs (difficiles en la matière), le rapport estime à 108 283 le nombre de personnes qui s'investiraient bénévolement au sein des paroisses. À la demande des évêques, le statisticien Guy Sermeus a par ailleurs évalué que le bénévolat dans l'Église aurait représenté 3 574 925 heures en 2023, ce qui équivaut à 2 103 équivalents temps plein (ETP). Le premier poste de ce bénévolat est la liturgie (chorales, préparation des célébrations…) (847 ETP), suivi de la gestion et l'administration (fabriques d'église, secrétariats…) (531 ETP), puis de la solidarité (lutte contre la pauvreté, visite des malades…) (322 ETP).
Si l'on compare les chiffres de 2023 avec ceux de 2016, on constate notamment que le nombre total de prêtres est passé de 4 979 à 3 441, le nombre de baptêmes de 50 867 à 34 826 et le nombre de personnes présentes à la messe du troisième dimanche d'octobre de 286 400 à 167 400. En pourcentage, les chutes oscillent donc entre 30 et 40 % en l'espace de sept ans.
Notons que la foi dite populaire n'a pas déserté le pays. Les grands sanctuaires mariaux (Scherpenheuvel en tête, suivi de Banneux, Oostakker et Beauraing) ont accueilli 1 625 000 visiteurs. En 2023 toujours, 20 000 Belges ont entrepris un voyage vers Medjugorje, sanctuaire situé en Bosnie-Herzégovine.
Un autre visage
Malgré de principaux chiffres en baisse, et malgré "les pages sombres" consacrées au suivi du dossier des abus sexuels commis au sein de l'Église, ce rapport "présente de nombreux signes d'espérance", écrit en introduction Mgr Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles. "Cette édition met particulièrement en avant la contribution riche et diversifiée des bénévoles laïcs" et la variété des activités consacrées aux jeunes. Entre les lignes, on perçoit le visage que les évêques entendent donner à l'Église en Belgique : non plus celui d'une institution qui vise une hégémonie sociétale, mais celui d'une "communauté" qui se veut "proche des gens, qui accompagne les personnes et témoigne par des gestes de miséricorde", selon les mots du pape François lors de sa venue à Bruxelles.

L'année 2023 marque un record concernant le nombre de débaptisations
En 2023, 14 251 personnes ont demandé d'être radiées du registre des baptêmes, peut-on lire dans le rapport annuel de l'Église catholique. Ce chiffre est notable. Si, en 2021, 5 237 personnes avaient demandé la "débaptisation" (à la suite, notamment, de la publication du rapport de la Ciase sur les abus sexuels en France), la moyenne des dernières années se situe aux alentours de 1 200 ou 1 400 demandes par an.
L'Église ne détaille pas le profil de ces 14 251 demandeurs, si ce n'est que 98 % de ceux-ci sont néerlandophones ou bruxellois. La multiplication des demandes en 2023 s'explique dès lors sans doute en grande partie par l'émoi suscité par la diffusion, sur la VRT, du documentaire "Godvergeten" ("Les oubliés de Dieu"). Celui-ci donnait pour la première fois la parole, face caméra, à de nombreuses victimes.
"De ce que je constate, la majorité des personnes qui ont demandé que leur nom soit rayé des registres des baptêmes s'étaient déjà éloignées de l'institution", analyse Rik Torfs, canoniste à la KULeuven. Ce n'est donc pas le cœur battant de l'Église qui est touché par ces demandes. "Indirectement, cela fragilise cependant la position de l'Église, elle qui est très critiquée au sein de la société flamande."
Aux yeux du canoniste, la visite du Pape, sur la question des abus, a été bien perçue, tout comme le plan "renforcé" de l'institution pour lutter contre ces abus. Mais en plus des victimes et de leurs proches, blessées à vie, "il restera inévitablement des personnes pour qui l'Église n'en fera jamais assez, tant leur rancune est profonde envers une institution qui fut longtemps trop hégémonique au sein de la société flamande. Collectivement, la Flandre vit une sorte de douleur ajournée vis-à-vis de l'Église. Elle a été meurtrie par elle il y a des décennies, et ne peut l'exprimer qu'aujourd'hui. Pour les catholiques, l'enjeu est donc de répondre à cette question des abus, tout en proposant un message positif qui dépasse ce seul dossier."
Notons qu'il pourrait y avoir davantage de demandes de débaptisation francophones en 2024. Après les propos tenus en Belgique sur l'avortement par le pape François, plus de 520 francophones (dont une majorité de femmes) ont communiqué avoir demandé d'être radiées des registres. Début octobre, le Centre d'action laïque (le Cal) a également relancé sa page offrant les informations sur les démarches de débaptisation.