"L'appel au secours" des généralistes wallons : "On est trop souvent réveillés la nuit pour des choses qui ne sont pas justifiées"
Les médecins dénoncent les dysfonctionnements du 1733, qui surchargent leurs nuits de garde.

- Publié le 20-09-2024 à 17h39
Ce n'est pas la première fois que les médecins généralistes wallons s'alarment du fonctionnement du 1733. Mais, ce vendredi, c'est carrément "un appel au secours" qu'ils ont lancé "à l'approche des mois d'octobre et novembre" marqués par les maladies saisonnières qui vont encore alourdir leur charge de travail.
Le 1733 est le numéro d'appel pour l'aide médicale non urgente. Il permet de solliciter un généraliste la nuit et le week-end. Les opérateurs du 1733 font, en théorie, un tri en amont pour ne renvoyer vers les postes de garde que les cas qui le nécessitent.
Le 1733 est implémenté et développé progressivement en Belgique depuis 2010. À Charleroi et dans sa région, il est devenu le numéro de référence depuis le mois d'avril. Et depuis lors, c'est la galère…
Pour des pilules contraceptives
Les médecins se plaignent d'être dérangés la nuit pour tout et n'importe quoi. Plusieurs d'entre eux se sont réunis, vendredi matin, à la polyclinique du Mambourg pour en témoigner. "Un grand classique, c'est d'être appelé pour de simples prescriptions", dit l'un. "Ou pour des vaccins et des pilules contraceptives", complète un autre.
"On arrive chez des gens en pleine nuit, on prescrit quelque chose, et plutôt que d'aller tout de suite à la pharmacie de garde, ils attendent l'ouverture de leur pharmacie le lendemain matin. On a perdu toute la plus-value du déplacement de nuit", raconte un troisième.
Si on veut lutter contre la pénurie de médecins, il faut faire attention à ce que les gardes restent supportables
Il y a aussi l'histoire de cette dame de 35 ans qui appelle à 3 h du matin pour se plaindre de brûlant. Elle explique avoir déjà des médicaments pour lutter contre ce mal, mais "elle voudrait à présent un remède de grand-mère"… La notification reçue par le médecin précise que celui-ci doit se déplacer chez la patiente dans les deux heures. "Si on n'y va pas, on endosse la responsabilité en cas de problème."
Le week-end, pas de problème
"Les médecins généralistes sont trop souvent réveillés la nuit pour des choses qui ne sont pas justifiées, résume le Dr Guy Delrée, président de la FAGW (la Fédération des associations de médecins généralistes de Wallonie). Un mal de gorge, par exemple : on ne dit pas que cela ne nécessite pas une consultation. Ce qu'on dit, c'est que ça peut attendre le lendemain pour une consultation chez le médecin traitant."
Les médecins wallons estiment que les opérateurs du 1733 n'effectuent pas le tri qu'il devrait faire. "Même pendant une garde, un médecin a besoin de repos" pour pouvoir assumer correctement sa journée de travail le lendemain. Les cas qui doivent leur arriver la nuit sont ceux requérant "des soins non différables". "Et on fait la distinction entre les gardes de nuit et du week-end. Le week-end, on est disposés à voir beaucoup plus de monde puisque les consultations se font en journée", souligne le Dr Delrée.
Les ratés du 1733
Mais ce n'est pas tout. Les généralistes pointent aussi "des dysfonctionnements" au niveau du 1733. Les notifications qu'ils reçoivent via un système informatique contiennent des erreurs une fois sur cinq (20 % des cas). Adresse manquante ou mal encodée, numéro de téléphone du patient erroné, mauvais nom… Il y a aussi l'envoi de notifications à un poste de garde qui n'est pas le plus proche, etc.

"Si on veut lutter contre la pénurie de médecins, avertit le président de la FAGW, il faut faire attention à ce que les gardes restent supportables."
La Fédération envoie dès lors plusieurs messages. Le premier à l'attention des patients : les postes de garde ne sont "pas des Night and Day" où l'on débarque quand on veut, ni "des coupe-files" permettant d'obtenir un rendez-vous plus vite que chez le médecin traitant. La FAGW demande aux patients de respecter le caractère urgent des consultations de garde.
Le second message s'adresse aux autorités fédérales : pour qu'elles corrigent les dysfonctionnements du 1733 et qu'elles acceptent enfin la mise en place d'un tri plus strict des patients en Wallonie. En Flandre, il y a davantage de médecins, donc moins de gardes à assumer. En plus, chaque garde est plus rentable car la densité de population est plus importante. La FAGW plaide pour un protocole 1733 qui corresponde aux réalités wallonnes.