Les étudiants pro palestiniens de l'UCLouvain souhaitent renforcer leur mobilisation
Ce mercredi soir, ils ont rencontré le recteur de l'université, Didier Lambert. Le dialogue fut réel, mais insatisfaisant à leurs yeux.

- Publié le 12-06-2024 à 22h09
- Mis à jour le 12-06-2024 à 22h20

Sur les hauteurs de Louvain-la-Neuve, l'auditoire Coubertin a changé de nom. Du moins aux yeux du Collectif Students for Palestine qui l'occupe, y vit, y loge, y étudie depuis quatre semaines. Son nom a été remplacé par un calicot annonçant "auditoires Khader", du nom de Naïm Khader (1939-1981), intellectuel palestinien qui passa par l'Université de Louvain.
Ce mercredi soir, ils étaient un peu plus de 160 à recevoir le recteur Didier Lambert pour lui rappeler leurs revendications : que l'université "rompe tous les liens avec des institutions participant à la politique génocidaire, de colonisation et d'apartheid d'Israël". Pour étayer leur demande, le collectif a listé douze projets de recherches financés par l'UE dans le cadre du programme Horizon Europe, et réalisés en collaboration avec des universités israéliennes. À leurs yeux, ces recherches servent l'industrie et des technologies militaires israéliennes et participent "de manière directe ou indirecte à la violation des droits humains". On parle de projets réalisés avec l'université hébraïque de Jérusalem, l'institut Weizmann, l'université de Tel-Aviv qui ont toutes "des liens étroits avec l'armée israélienne", qui "collaborent au génocide en cours et ont une responsabilité historique dans les politiques de colonisation israélienne", affirment-ils.

Très vite, la rencontre, souvent tendue, a bégayé devant deux positions difficilement conciliables. Notamment accompagné de Dana Samson, Prorectrice à l'international, le recteur a ainsi rappelé son engagement à "suspendre les collaborations institutionnelles avec les organisations, qui soutiennent de manière répétée ou sont indirectement impliquées dans les violations du droit international et des droits humains". Pour autant, a-t-il souligné, les projets de recherches pointés par les étudiants sont des collaborations individuelles entre chercheurs. Dans ce cas, l'université opère une analyse continue de ces collaborations selon des critères éthiques. Mais au nom de la confiance accordée aux chercheurs, de la liberté académique, de la volonté de ne pas assimiler les chercheurs israéliens à leur institution, un refus de principe de telles collaborations n'est cependant pas envisageable pour l'université. De même, dans plusieurs des cas pointés par les étudiants, l'université juge qu'il n'est pas possible d'étayer des liens directs entre les recherches entreprises et de possibles applications militaires.
Au vu de la situation à Gaza, les étudiants ont rappelé à plusieurs reprises leur souhait que l'université rompe, sans délai, tous liens avec les institutions israéliennes, qu'ils soient institutionnels ou non, à l'instar de l'Université de Gand. Une conclusion sur laquelle n'a pas voulu aboutir le recteur.
Le dialogue n'est pas rompu pour autant. Outre la suspension de partenariats de mobilité entre étudiants, l'UCLouvain s'engage à réfléchir pour rendre le Conseil de la Recherche (qui évalue la dimension éthique des recherches) plus transparent, et souhaite que le dialogue se poursuivre au sein des institutions de l'université, dont son Conseil académique.
"Nous sommes déçus de voir l'université se protéger derrière des procédures administratives, sans prendre une décision franche alors que la situation à Gaza se détériore toujours davantage", ont regretté les étudiants à la sortie de la rencontre. Ils promettent de poursuivre et "renforcer" leurs actions.