Alain Maron : "La politique fédérale en matière d'Asile et de Migration a des effets délétères sur Bruxelles"
Le nombre de squats et occupations temporaires est en augmentation à Bruxelles, ce qui provoque une situation assez tendue. Le ministre bruxellois de l'Action sociale, Alain Maron (Écolo), défend son bilan et pointe également la responsabilité du Fédéral.

- Publié le 25-03-2024 à 06h31

Face à l'augmentation du nombre de squats et occupations temporaires et à la situation sociale délicate qui en découle, le ministre de l'Action sociale au sein du Gouvernement bruxellois, Alain Maron (Écolo), entend avant tout défendre son bilan. "La lutte contre le sans-abrisme a été une des priorités de notre gouvernement depuis le début de la législature." Selon des chiffres communiqués par son cabinet, le nombre de places d'hébergement d'urgence est en effet passé de 3000 à 5000, alors que l'accompagnement vers un logement est passé de 764 à 1470 places, notamment via la politique du housing first, qui permet à une personne de la rue d'accéder à un logement et d'y être accompagnée. "Nous avons donc augmenté les capacités, mais aussi la qualité de ces structures d'accueil d'urgence qui sont désormais ouvertes 24 heures sur 24. Nous avons travaillé dans plusieurs directions."
Cette problématique, conjuguée avec celle de l'explosion de l'usage du crack et des autres types de drogues, engendre un cocktail explosif.
Si la situation reste difficile, constate le ministre, "c'est que nous ne sommes pas aidés par la non-prise en charge, par le réseau Fedasil, des hommes seuls qui ont déposé une demande de protection internationale". Depuis décembre 2022, le Fédéral finance néanmoins à hauteur de 41 millions annuels une partie de cette prise en charge des demandeurs d'asile par les structures de la Région bruxelloise. "C'est déjà un bon pas en avant : le Fédéral reconnaît que la Région prend en charge une partie du public qui lui incombe. Pour autant, il demeure toute une série de publics qui ne sont pas encore pris en charge par l'État. Bruxelles compte ainsi sur son territoire entre 50 000 et 100 000 personnes sans papiers. Évidemment, la plupart de ces personnes se débrouillent, sont logées, travaillent au noir, ont recours à de la solidarité familiale. Mais une partie de cette population finit néanmoins dans une situation précaire, sans aucun droit si ce n'est l'aide médicale urgente. Ce public se retrouve dans les centres d'accueil d'urgence", regrette le ministre.
Procéder à une politique de régularisation
"Bruxelles hérite donc plus que sa part de difficultés opérationnelles, sociales et de santé publique importantes qui découlent directement de la politique fédérale en matière d'asile et migration. Cette politique a des effets complètement délétères sur la ville. Les prises en charge de demandeurs d'asile par la région, et la présence d'un public sans papiers, sans perspectives sur son territoire, en sont des exemples. Cela génère des problèmes sociaux et de santé publique importants, qui désarticulent le tissu socio-économique. Cette problématique, conjuguée avec celle de l'explosion de l'usage du crack et des autres types de drogues, engendre un cocktail explosif. On ne peut pas faire comme si cette réalité n'existait pas. Vous imaginez qu'il y ait le même pourcentage (5 à 10 %) de personnes sans papiers et sans perspective dans les autres régions du pays ?"
Alain Maron souhaite donc favoriser une meilleure prise en charge de ces multiples publics précaires au sein de la capitale, mais entend mettre l'accent sur les enjeux fédéraux. "Il n'y a pas suffisamment de volonté de régulariser les personnes sans-papiers qui sont pour beaucoup inexpulsables, ajoute-t-il. Il faudrait pourtant opérer une telle régularisation, à tout le moins en commençant par les personnes qui ont la volonté de se former dans des métiers en pénurie. Ce n'est pas un positionnement idéologique, c'est du pragmatisme."