Bruno Colmant: "Face à cette mauvaise nouvelle, il n'y a qu'une seule chose à faire: augmenter des impôts"
L'économiste Bruno Colmant était l'invité de Maxime Binet dans le Café sans filtre sur LN24 et LN Radio ce vendredi matin.
- Publié le 16-02-2024 à 09h45
- Mis à jour le 16-02-2024 à 11h31
L'économiste Bruno Colmant a été interrogé sur la situation et l'actualité économique dans notre pays. Ainsi, deux nouveaux bons d'état seront émis à partir du 4 mars. Une bonne chose pour diversifier son épargne selon l'économiste qui trouve normal que "l'état se réapproprie son rôle dans la collecte de l'épargne."
En revanche, celui-ci dénonce en partie une concurrence déloyale de la part de l'état en la matière qui, pour inciter les épargnants, veut réduire le précompte mobilier à 15 %. "C'est un mauvais signal", pointe Bruno Colmant, "l'état devrait jouer un rôle d'investisseur comme une banque mais pas en s'octroyant un avantage au détriment des banques."
L'économiste estime cependant que c'est une bonne chose que l'état émette de nouveaux bons d'état en diversifiant les échéances. Cela permet ainsi d'offrir une alternative aux épargnants alors que les grandes banques ne peuvent pas se livrer une concurrence acharnée pour ne pas se déstabiliser les unes des autres.
Autre point abordé, les perspectives du Bureau du Plan ne sont pas bonnes puisque le déficit budgétaire va continuer de se creuser de plus de 5,6 % du PIB en Belgique. Pour Bruno Colmant, on n'a pas assez anticipé le coût du vieillissement de la population. "Cela génère un taux de croissance moindre. Celui de la Belgique sera entre 1 et 1,5 %, ce qui est assez faible. Dans le même temps, les dépenses sociales augmentent en raison du vieillissement. Mécaniquement, le déficit budgétaire va rester très élevé, ce qui n'est pas une bonne nouvelle", explique l'économiste qui ne voit qu'une seule issue possible.
"Alors que faire ? Soit, on diminue les dépenses sociales, ce qui est extrêmement compliqué parce qu'on enlève alors des transferts sociaux notamment aux personnes âgées. L'autre possibilité est de lever des impôts. C'est la seule chose à faire. Et je suis certain que cela va se faire. Les partis politiques qui préconisent des baisses d'impôts dans leur programme vont devoir regarder la réalité en face parce que ce n'est pas réalisable."
Bruno Colmant estime également qu'une réforme fiscale et parafiscale (notamment la sécurité sociale) est nécessaire : "Mon idée est assez claire : les personnes qui ont des revenus élevés devraient recevoir moins d'avantages sociaux. Au contraire, les personnes qui ont vraiment besoin d'aide sociale, parce que leurs revenus sont peu élevés ou parce qu'elles sont en situation de dépendance. Il faut avoir une sécurité sociale qui dépend des revenus globalisés. Je sais que ce serait une révolution mais je suis certain qu'on passera par ce stade à un certain moment."
"À un niveau mondial, on voit que les revenus du capital augmentent au détriment du revenu du travail. Avec l'intelligence artificielle, on va voir que la valeur du travail va baisser. Donc la rémunération par unité de temps de travail va baisser. Si ce scénario se concrétise, prélever l'impôt et la sécurité sociale uniquement sur le travail n'a pas de sens. Je crois qu'un jour, le capital devra aussi contribuer en matière de sécurité sociale", conclut Bruno Colmant.

