Les évêques belges autour de la table avec le pape François : "Ils ont pu parler à coeur ouvert"
Le cardinal De Kesel s'est confié sur les questions, les choix et les doutes qu'il a exprimés au Pape la semaine dernière. Il a notamment défendu l'ordination d'hommes mariés.

- Publié le 01-12-2022 à 15h17

Les GSM ont été déposés à l'entrée, et les discours ont été écartés. Ce vendredi 25 novembre, raconte à La Libre le cardinal Jozef De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles, le pape François a tenu à offrir aux évêques de Belgique venus passer la semaine à Rome une rencontre de deux heures de conversation à bâtons rompus. "Il était assis au milieu de nous, il nous a tous écoutés, nous questionnant et nous encourageant. Nous nous sommes sentis compris et sommes revenus très heureux."
Cette entrevue avec François clôturait cinq journées de réunions entre les évêques de Belgique et tous les dicastères (ministères) de la Curie, l'institution centrale du Saint-Siège. Cela faisait douze ans que les évêques belges attendaient une telle semaine (appelée "ad limina") qui leur permettrait de faire le point, au Vatican, sur l'état de leur Église nationale, ainsi que d'écouter les questions que Rome se pose.
Les évêques en reviennent manifestement heureux et, s'ils restent discrets sur le contenu exact des discussions, trois points peuvent être retenus. À leur manière, ils esquissent le portrait actuel de l'Église.
L'Église face à la sécularisation
D'abord, le climat de ces visites "ad limina" a changé par rapport aux précédentes, beaucoup plus formelles. Les évêques "ont senti qu'ils pouvaient mettre leurs tripes sur la table, parler à cœur ouvert et être respectés", note un observateur. "Cela témoigne d'un nouvel esprit au Vatican."
Toutes les discussions ne furent pas faciles. Mais Rome, soucieuse de précisions, semble avoir fait le pari de la confiance auprès des évêques. Les Belges ont dû notamment expliquer l'attitude qui est celle des catholiques auprès des personnes ayant demandé une euthanasie : comment accompagnent-ils ces personnes jusqu'au bout, sans avoir l'air d'adouber un geste, l'euthanasie, que l'Église ne veut cautionner ? s'est interrogé le Vatican. Un autre point sur lequel la Curie s'est montrée attentive est l'initiative prise par les diocèses flamands de proposer une prière pour les couples homosexuels. Les évêques belges ont dû préciser le sens de cette démarche et le fait qu'il ne s'agissait pas d'une "bénédiction", ce que refuse le Vatican, mais d'un accompagnement de ces couples dans la prière.
En définitive, c'est la volonté de l'Église belge d'être au plus proche d'une société sécularisée, tout en restant dans les clous de la doctrine, qui a été plusieurs fois interrogée par le Vatican. À cet égard, le cardinal De Kesel affirme avoir senti que sa ligne avait été entendue. En octobre, dans une lettre aux catholiques, il la définissait ainsi : "Il ne nous appartient pas de reconstruire une société chrétienne homogène [mais] d'être au milieu de [notre société pluraliste], dans tout ce que nous sommes, disons et faisons, un signe de l'amour de Dieu pour ce monde. Ne pas être conquérant mais être présent." Le Pape a ajouté : "Sortez, donnez aux jeunes l'occasion de découvrir comment vraiment prendre soin des autres. Alors ils s'ouvriront aussi plus facilement aux richesses de la foi."
Enfin, c'est aussi de leurs doutes profonds que les évêques ont témoigné. "Une question que nous avons souvent abordée est celle de la chute des vocations, explique le cardinal. C'est une épreuve pour nous et je ne pense pas qu'il y ait de solutions toutes faites. Nous avons abordé la question de l'ordination d'hommes mariés non pas comme une solution au manque de vocations (il n'y a pas une file d'hommes mariés qui demandent à devenir prêtres), mais parce que nous pensons qu'il s'agirait, en soi, d'une bonne chose. Nous avons aussi évoqué le fait que des femmes puissent devenir diacres. Sur ces deux points, tout le monde n'était pas d'accord avec nous, mais il y eut de l'écoute." L'ordination d'hommes mariés permettrait à des hommes "d'âge mûr" de devenir prêtres. En 2018, les évêques belges s'étaient déjà montrés favorables à cette évolution. La question de l'ordination des femmes, pas du tout à l'ordre du jour dans l'Église, n'a par contre pas été évoquée.
Le cardinal De Kesel ne le dit pas, mais il est évident que la question des vocations et du redéploiement de l'Église sur le terrain sera l'un des principaux chantiers de son successeur, que le Vatican devrait nommer d'ici le printemps.