Les évêques belges s'en vont passer une semaine auprès de François
Ils sont depuis ce dimanche au Vatican pour une visite "ad limina" qui permettra de faire le point sur la foi en Belgique.

- Publié le 21-11-2022 à 13h56

Quatre-vingt-cinq centimètres bien tassés. Les dossiers confidentiels transmis au Saint-Siège au mois de janvier par les évêques de Belgique n'ont éludé aucun des enjeux, difficultés, défis du catholicisme local. Tout ce qui fait la vie de l'Église du pays y a été décrit en un vaste état des lieux. Ces documents ont permis à Rome ces derniers mois de préparer la visite officiellement appelée "ad limina" qu'y effectueront les évêques belges de ce 21 au 25 novembre.
Tous les cinq ans en théorie, les évêques du monde sont en effet tenus de se rendre auprès du Pape et des dicastères (ministères) de la Curie pour renseigner le Vatican sur la réalité de la foi dans les diocèses, ainsi que pour y réfléchir aux enjeux des prochaines années.
Cette semaine, ce sont donc 18 réunions officielles qui sont inscrites à l'agenda des évêques belges auprès des différentes administrations et services du Vatican pour évoquer aussi bien la chute des vocations, le rapport à l'islam, la sécularisation de la société, l'accueil des migrants ou l'organisation des cours de religion dans les écoles… En fin de semaine, deux rencontres sont également programmées avec le Pape. S'il est encore difficile de savoir sur quels enjeux insistera François, il est à peu près certain que ces dialogues ne prendront pas la forme d'un examen oral, mais d'un échange libre et fraternel, note Tommy Scholtes, porte-parole des évêques de Belgique. "N'oublions pas non plus qu'une visite ad limina est aussi, sinon d'abord, un pèlerinage dans la ville qui symbolise l'unité et l'universalité du catholicisme." Les évêques belges célébreront d'ailleurs des messes dans les quatre grandes basiliques majeures de la ville, dont la basilique Saint-Pierre, sur la tombe de l'apôtre. Le nom de la visite, "ad limina apostolorum" ("au seuil des tombeaux des apôtres"), témoigne d'ailleurs de la dimension spirituelle de la démarche.
La question des couples homosexuels
Suite à la renonciation de Benoît XVI en 2013, au Covid et à des agendas romains très chargés, voici treize ans qu'une telle visite ne fut pas organisée pour les évêques belges. Bien que des liens réguliers soient entretenus entre Rome et la Belgique, la semaine s'annonce donc importante. L'archevêque de Malines-Bruxelles et numéro un de l'épiscopat, le cardinal De Kesel, emmènera sa troupe de dix évêques alors qu'il a déjà remis sa lettre de démission au pape François et qu'il attend (au début de l'année 2023 ?) le nom de son successeur. Trois autres évêques atteints eux aussi par la limite d'âge (Jean-Luc Hudsyn pour le Brabant wallon, Pierre Warin pour Namur et Guy Harpigny pour Tournai) vont également passer la main prochainement. L'Église en Belgique se situe donc à la veille d'importants changements et la visite "ad limina" permettra au Vatican d'affiner encore le profil adéquat des futurs évêques.
Si de nombreuses initiatives locales continuent de surgir dans le sillage des paroisses et des communautés, les évêques devront également présenter un bilan comptable marqué par la sécularisation avec la chute toujours plus grande de la pratique et des vocations. Les difficiles questions de l'organisation des paroisses, des vocations… – pour lesquelles l'Église peine à donner une réponse – seront évoquées.
D'autres questions tout aussi sensibles seront également abordées, comme celle de la place des femmes dans l'Église. La semaine dernière, le mouvement flamand Vrouwen-In-Zicht a d'ailleurs demandé aux évêques d'être beaucoup plus volontaristes en la matière et de profiter de cette visite à Rome pour faire avancer cette cause. Cet automne, le monde catholique s'est aussi divisé sur la question de la bénédiction à accorder ou non aux couples homosexuels. Les évêques flamands ont proposé, en septembre, le canevas d'une prière pour ces couples désireux de s'engager. La démarche à laquelle ne s'est pas associé l'épiscopat francophone dans son ensemble – et au sujet de laquelle Mgr De Kesel est resté discret – , était cependant ambiguë. S'agissait-il d'une prière ou d'une bénédiction ? Le Vatican était-il au courant de l'initiative ? Celle-ci contrevient-elle à la doctrine romaine ? Les réponses divergent en fonction des interlocuteurs.
Sur une telle question, sans doute cette semaine offrira-t-elle des bribes de réponses. Il y a quelques jours, les dicastères romains ont ainsi profité de la visite "ad limina" des évêques allemands pour souligner leurs réserves par rapport aux velléités progressistes de l'Église en Allemagne. Quoi qu'il en soit, les évêques belges auront le temps de prendre le pouls du Vatican puisqu'ils seront hébergés à la Maison Sainte-Marthe, au plus près du pape qui y réside, y déjeune et en a fait le siège des discussions informelles entre ses proches collaborateurs. Rome, de son côté, aura vu se succéder en novembre les visites "ad limina" des épiscopats néerlandais, allemands et belges, réputés progressistes. Ces visites permettront à la Curie de bénéficier d'une vision bien plus précise de la sécularisation qui se joue dans ces pays, et des questions qui y surgissent, note un diplomate.