La crise de l'accueil s'empire, "utilisons les places destinées aux Ukrainiens pour les demandeurs d'asile"
Les associations présentaient une série de mesures pour endiguer la crise.
- Publié le 13-09-2022 à 21h28
- Mis à jour le 13-09-2022 à 21h32

Elles disent avoir tout essayé pour changer les choses. Le travail de terrain, les appels dans les médias, les actions en justice. Rien n'y fait, la crise de l'accueil perdure et, pire, va croissant, sans qu'aucune perspective apparaisse.
Une cinquantaine d'associations actives dans le secteur de l'aide ou de la défense des droits des migrants présentaient mardi une feuille de route censée fournir des solutions à la crise de l'accueil qui dure depuis maintenant un an.
Malgré les mesures annoncées en juillet par le gouvernement fédéral, la situation sur le terrain se détériore. "Mardi matin, devant le centre d'enregistrement installé dans les locaux de l'Office des étrangers boulevard Pacheco, nous avons dénombré 170 personnes qui dormaient à la rue", illustre Sotieta Ngo, directrice du Ciré. Ils étaient aussi une dizaine à dormir le long du canal, aux abords du centre d'accueil du Petit Château.
"La situation se détériore. L'urgence n'est pas qu'humanitaire, elle est aussi sanitaire, explique David Vogel, responsable adjoint des projets chez Médecins sans frontières. Nous avons constaté une épidémie de gale, aujourd'hui, à Bruxelles !" s'indigne-t-il.
Des pistes de solutions existent mais n'ont jamais été déployées, assurent les associations présentes. "Les solutions que la Belgique a déployées dans le cadre de l'accueil des exilés ukrainiens montrent que l'on peut trouver des places. Allons voir dans les dispositifs créés pour les Ukrainiens, utilisons ces places qui, bien souvent, restent vides ! Le personnel est en plus disponible", propose Sotieta Ngo.
Adressé au Premier ministre
Parmi les autres mesures, les associations proposent d'utiliser les maisons de retour (des centres de détention où sont logées les personnes qui doivent quitter le territoire), ou la sortie de certains demandeurs d'asile en procédure après six mois passés en centre. Ces derniers quitteraient alors le réseau Fedasil et auraient accès à un revenu d'intégration fourni par le CPAS, même lorsque la procédure est toujours en cours.
Les associations ont envoyé leur document au Premier ministre Alexander de Croo (Open VLD). Elles espèrent ainsi que l'ensemble du gouvernement s'empare de la question. "Une coopération coordonnée entre les différentes autorités compétentes est nécessaire", estime la directrice de Vluchtelingenwerk Vlaanderen, Tine Claus.
La secrétaire d'État Nicole de Moor (CD&V) a répondu qu'elle ne comptait pas utiliser les places destinées au retour. "L'accueil est une chose et nous y travaillons, des places s'ouvrent encore. Mais je n'utiliserai pas des places destinées au retour pour l'accueil. Le retour est un élément essentiel d'une politique d'asile et de migration correcte. Avec l'accueil seul, nous ne pouvons faire face à l'augmentation de l'afflux", déclarait-elle depuis la Géorgie, où elle effectue une mission de dissuasion à destination des exilés fuyant ce pays du Caucase.